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EUROPE - TURQUIE

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Le sommet de Copenhague engage l'Union dans la marche
vers une nouvelle Europe

Henri de Bresson
Le Monde - 01/01/2003

 

Dix candidats – huit ex-pays de l'Est ainsi que Chypre et Malte – devraient rejoindre l'UE en mai 2004. Une source de dynamisme pour les Quinze, un moment hésitants sur l'avenir.

Dix mille affiches trônaient, en cette fin d'année, dans toutes les gares de France pour annoncer l'avènement de la future Europe élargie qui, le 1er mai 2004, passera – si les processus de ratification n'apportent pas de surprise – de quinze à vingt-cinq membres. La décision finale est tombée le 13 décembre, au sommet de Copenhague, où les chefs d'Etat et de gouvernement des Quinze ont entériné l'avis de la Commission, qui estimait que dix pays correspondaient aux conditions requises pour leur adhésion à l'Union européenne.
Trois autres restent pour le moment dans l'antichambre : la Roumanie et la Bulgarie, qui bénéficieront d'un programme d'aide taillé sur mesure pour rejoindre les "25" en 2007, et la Turquie, qui constitue un cas à part.

L'Europe prend petit à petit ses nouveaux contours, ceux que laissait se dessiner le retrait de la Russie sur son territoire après l'effondrement, au tournant des années 1990, de l'ancienne Union soviétique. Il manque dans ce tableau l'Albanie et quatre des cinq pays issus de l'ex-Yougoslavie, qui n'ont pas encore surmonté les conséquences du violent conflit qui a opposé les nationalistes serbes à la Croatie et aux communautés musulmanes de Bosnie et du Kosovo. Comme le rappelait le ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, en décembre, ces pays se sont vu reconnaître une perspective européenne au sommet de Zagreb en 2000, mais ils sont encore loin, malgré l'aide qui leur est apportée, d'avoir surmonté leur traumatisme, et il faudra encore beaucoup de temps et d'efforts pour les stabiliser avant que leur intégration soit possible.

Le débat sur la capacité de la Turquie d'honorer les engagements liés à sa qualité de candidate reconnue à l'Union va se poursuivre. Il va très certainement occuper les prochaines semaines avec le rendez-vous du 29 février, fixé par les Nations unies pour tenter de trouver un règlement à la semi-annexion par la Turquie de la partie nord de Chypre, qui fait partie des dix pays qui entreront dans l'Union européenne (UE) en 2004.

Avec Chypre et Malte, l'UE achève l'intégration du pourtour nord de la Méditerranée. Programmée depuis longtemps, elle s'est révélée plus compliquée que prévu en raison des tensions permanentes entre Athènes et Ankara, et, concernant Malte, de l'indécision de ses 400 000 habitants. L'opposition travailliste, qui a déjà bloqué le processus à la fin des années 1990, devrait essayer à nouveau de s'y opposer au nom d'un particularisme local qu'elle ne considère pas comme compatible avec la grande Europe.

L'intégration de l'Est est d'une tout autre portée symbolique. Ce sera le grand enjeu des prochaines années de la construction européenne, qui connaît là une nouvelle étape historique, comparable à ce que fut le lancement du Marché commun en 1957 à Rome entre les six pays fondateurs : l'Allemagne et la France, l'Italie et les trois Etats du Benelux. La décision de Copenhague tourne définitivement la page de Yalta, c'est-à-dire des accords conclus en pleine guerre mondiale par les Américains, les Britanniques et les Soviétiques pour partager l'Europe en deux zones d'influence, qui se firent très vite face.

Huit ex-pays de l'Est rejoignent maintenant l'Union, avec au total 75 millions d'habitants. La Pologne est de loin le plus important avec 39 millions d'habitants ; il y a les trois Républiques baltes d'Estonie, de Lettonie, de Lituanie, et la Hongrie ; la République tchèque et la Slovaquie au centre ; enfin la petite Slovénie, qui a échappé par miracle à l'implosion yougoslave. Ces pays ont dû réapprendre après leur libération à fonctionner en économie de marché, sans avoir l'avantage qu'a eu l'Allemagne de l'Est d'être absorbée par la riche Allemagne de l'Ouest, en 1990.

Leur revenu représente en moyenne un tiers seulement de celui des pays d'Europe occidentale. Ils ont fait preuve d'un dynamisme et d'un volontarisme remarquables pour s'adapter aux règles de fonctionnement que l'Union a exigées d'eux pour être intégrables, mais beaucoup de chemin reste à faire. D'autant que leurs futurs partenaires les ont avertis qu'ils n'avaient pas les moyens de se montrer très généreux, ce qu'ont confirmé les dernières négociations.

Ce dynamisme, le sentiment des nouveaux venus de participer à un mouvement de réunification refondateur sont pourtant une chance aussi pour les anciens pays membres de l'Union. A quinze depuis 1995, ceux-ci ont du mal à trouver leur place dans le nouvel équilibre international que l'effondrement de l'URSS et la fin du monde bipolaire ont vu s'installer, et hésitent à entreprendre les réformes qui s'imposent.

La reconstruction de l'Est leur ouvre des marchés bienvenus et peut permettre à tous les Européens de définir ensemble ce qu'est leur identité par rapport aux Etats-Unis et au reste du monde. Ce sera un long parcours, que la Convention, chargée de redéfinir le nouveau projet européen, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, vient d'amorcer. Les premiers travaux montrent que les solutions envisagées restent encore timides. Ils doivent permettre d'élaborer une première Constitution européenne qui sera signée après l'adhésion des nouveaux membres, en 2004 : ce sera l'acte de naissance d'une nouvelle Europe.

       

 

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