hautdroite2.gif (179 octets)

Ataturquie

A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

EUROPE - TURQUIE

--- Retour ---

L’Europe, c’est une âme ou ce n’est rien

Edito
Valeurs Actuelles - 13/12/2002 - N°3446

 

Avant même d’examiner la candidature de la Turquie, les Européens devraient répondre à une question préalable : qu’est-ce qui les unit ?

Valéry Giscard d’Estaing a posé les deux questions qui devaient dominer ce sommet historique de Copenhague, où allait être consacré l’élargissement de l’Union à dix nouveaux pays. Ces deux questions sont les suivantes : « Qu’est-ce qui va réunir les futurs 450 millions d’Européens ? » et « Qui va commander ? ». On ne rassemble pas les peuples sans savoir ce qu’ils ont en commun et par qui ils seront conduits. La réponse à cette double question est le préalable à l’examen de la candidature de la Turquie. Qu’est-ce que l’Europe : un espace, un marché, une idée ? Quel sera son “visage” ?
Sait-on quand le terme “Européens” est apparu pour la première fois ? Cela n’est pas si indifférent, car cette apparition date d’une Chronique d’Isidore de Séville dans laquelle celui-ci fait le récit de la bataille de Poitiers (732) ! Ce sont les guerriers de Charles Martel, arrêtant les cavaliers arabes, qu’il désigne comme “européens” (« Diluculo prospiciunt Europenses Arabum temtoria ordinata… ») et Denis de Rougemont, qui avait retrouvé ce texte (pour son livre Vingt-huit siècles d’Europe), en fait l’acte de naissance de l’Europe historique. Ainsi, ce ne sont pas seulement des “chrétiens” qui brisent la conquête arabe mais bien des “Européens”…
Longue histoire que celle des flux et reflux des conquérants d’islam en terres européennes. Arrêtés à Poitiers, ils s’installent en Espagne et pour sept siècles. Quarante ans avant d’en être chassés par la Reconquista, ils s’emparent de Constantinople, ruinent l’Empire byzantin, transforment la cathédrale de Sainte-Sophie en mosquée. Mais ce ne sont pas les mêmes : à l’ouest les Maures, à l’est les Ottomans. Au XVIIe siècle, Belgrade et Budapest sont encore gouvernés par des pachas turcs ; ceux-ci assiègent Vienne en 1683. Les Russes aussi ont subi deux siècles durant l’occupation des Tatars islamisés de la Horde d’or et les guerriers turcs qui ont battu les Serbes en 1389 resteront au Kosovo jusqu’en 1914. On vient de voir pendant dix ans, en Serbie, en Bosnie, au Kosovo, que les traces de cette histoire n’étaient pas effacées.

Le XXe siècle a tout bouleversé. L’Europe s’est suicidée dans le cataclysme de la Première Guerre mondiale, suivie par l’épouvante de la Deuxième. Elle y a perdu non seulement ses forces vives, mais ses modèles, ses repères, son lignage. Elle a ensuite cherché à tâtons à panser ses plaies, à mettre fin à ses guerres civiles ; elle s’est reconstruite sous la menace d’un autre empire, l’Union soviétique. Et puis, un jour de novembre 1989, celui-ci a cédé. Sans un coup de feu. Sans que ses adversaires aient besoin de faire usage de leur force. Il était épuisé, rongé de l’intérieur.
Le communisme soviétique avait été lui aussi une idéologie conquérante, incarnée par une puissance militaire, « une infection hautement contagieuse » avait même dit Soljenitsyne, « l’empire du Mal », avait ajouté Reagan. Et malgré tout ce qu’il représentait, cet empire avait finalement capitulé devant les démocraties qu’on disait masochistes, molles et impuissantes. Les Occidentaux, Américains et Européens, en ont alors conclu que leur régime politique, la démocratie libérale, et leur système économique, le capitalisme, pouvaient désormais tout absorber, tout digérer. Francis Fukuyama parla de la « fin de l’Histoire »…
C’est dans cette perspective qu’il faut situer la décision arrêtée par les chefs d’Etat européens à Helsinki, il y a trois ans, d’accueillir la candidature de la Turquie dans leur club. Derrière toutes sortes de raisons politiques, économiques ou stratégiques, il y avait cette conviction qu’en fait, ils ne risquaient rien. Si le capitalisme libéral avait contaminé les peuples de l’ex-empire soviétique, comment la Turquie, certes musulmane mais laïque, ne serait-elle pas atteinte à son tour ? Il suffirait de lui prescrire d’approfondir les droits de l’homme et l’émancipation de la femme ; l’islam ne résisterait pas longtemps à la contagion.

Et puis le 11 septembre de l’année dernière a soudain révélé que l’histoire ne cessait pas d’être tragique, que le fanatisme couvait sous les cendres, que l’islam pouvait réveiller en son sein des forces terribles, financées grâce au pétrole que nous achetons aux monarchies arabes. Mais à la différence du communisme soviétique, l’islamisme échappait à toute rationalité, ne relevant que de la passion religieuse. Le 3 novembre dernier, un parti islamique qui se présente comme modéré emportait les élections, alors même que les laïcs turcs le soupçonnent d’extrémisme.
Les juristes islamiques des temps anciens cités par Bernard Lewis (“L’Islam, l’Occident et la Modernité”) disaient que « la tolérance augmente le risque d’apostasie » : ils se défendaient déjà contre le danger de reniement de la foi devant la tentation de l’autre. C’est ce réveil-là qui se produit à nouveau aujourd’hui. Les mêmes affirmaient, il y a deux siècles, que tout devait être fait pour que l’idée de libération de la femme ne « pénètre pas le corps de l’islam ». « Le mal doit être extirpé sans pitié… » Leur identité, ils l’exprimaient en s’opposant à ce qui venait d’Europe.
Commençons donc par refermer les cicatrices européennes du siècle passé avant de prendre le risque d’en ouvrir de nouvelles. L’Europe n’est ni un marché, ni un espace, ni une idée. C’est une âme, au sens où Soljenitsyne dit : « Ce n’est pas l’origine seule qui détermine l’appartenance à une nation mais l’âme qu’on y met, le dévouement qu’on lui prodigue… » Et pour reprendre la question de Valéry Giscard d’Estaing : accepterions-nous d’être commandés par un président turc ? Toute la réponse est là.

       

 

[Présentation] [Press-Book] [Album] [Activités] [Actualités] [Nous Contacter] [Olusum/Genese]
[Dossier O/G] [Editions A TA TURQUIE] [Bibliographie] [Bibliothèque] [Poésies] [Hommage] [Galeries]
[Exposition] [Manifestations] [Annuaire] [Annonces] [Informations] [Liens] [Carnet Rose] [Quoi de Neuf]

Copyright 1999-2000 © Site créé par ATATURQUIE
Tel : 03 83 37 92 28 / Fax : 03 83 37 83 30 / poste@ataturquie.asso.fr
Webmaster :
Dominique SOUTREL
Site optimisé en 1024 x 768 pour Microsoft Internet Explorer 5

basdroite.gif (174 octets)