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EUROPE - TURQUIE

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Ankara perd la main sur Chypre

Philippe Gélie
Le Figaro - 16/12/2002

 

Le sentiment de victoire est manifeste dans le camp chypriote grec, à l'issue du sommet de Copenhague. La République du sud de l'île, seule reconnue internationalement, a été invitée à rejoindre l'Union européenne malgré l'échec des pourparlers de dernière minute sur la réunification.

«Nous attendions depuis longtemps ce jour historique», a souligné le président Glafcos Clérides. Il scelle le succès d'une stratégie mûrement réfléchie et mise en oeuvre, consistant à mener en parallèle, mais de façon bien séparée, deux processus : la marche vers l'Europe, considérée comme une garantie de sécurité, et la négociation intercommunautaire pour mettre fin à vingt-huit ans de partition. Depuis l'intervention armée d'Ankara en 1974, la République turque de Chypre du Nord (RTCN), présidée par Rauf Denktash, entretient 35 000 soldats turcs sur son territoire.

L'île d'Aphrodite va-t-elle donc entrer divisée dans l'UE ? Les Quinze ne le souhaitent pas, qui appellent les deux parties à conclure leurs discussions sur le plan de paix de l'ONU d'ici au 28 février prochain. C'est la date limite prévue pour une élection présidentielle au sud, qui doit voir M. Clérides se retirer de la vie politique. Mais la pression du calendrier est ailleurs. A Copenhague, les Européens ont promis à la Turquie d'entamer ses négociations d'adhésion à l'UE fin 2004 «si elle remplit les critères politiques» préalables : ceux-ci renvoient à des principes démocratiques qui s'accommodent mal d'une occupation militaire.

Les Chypriotes grecs l'ont aussitôt relevé : «Le jour où Ankara respectera les critères de Copenhague, ce sera une très bonne nouvelle pour nous, a expliqué George Vassiliou, chef des négociations avec l'UE. Je ne peux pas imaginer que cela puisse aller de pair avec l'occupation de Chypre. La méthode la plus facile pour la Turquie de démontrer qu'elle se soucie des droits de l'homme serait d'annoncer la solution du problème chypriote.» Jacques Chirac a également souligné qu'il reste à la Turquie «beaucoup de travail, sur le terrain», pour satisfaire aux «exigences de la démocratie».

Faute d'avoir abattu à temps la carte de Chypre, Ankara a perdu la main : de politique, le rapport de forces est devenu juridique. Si les Chypriotes grecs assurent qu'ils n'utiliseront pas leur droit de veto contre son adhésion, c'est qu'ils ne devraient même pas en avoir besoin : difficile d'imaginer que la Turquie ait la moindre chance devant l'Europe des Vingt-Cinq, si elle se présente fin 2004 sans avoir réglé la question chypriote.

Le changement est déjà perceptible. Le Sud, qui n'avait guère oeuvré jusqu'ici au rapprochement des communautés, a promis des «mesures audacieuses» pour favoriser un accord et partager les «bienfaits» de l'adhésion. Il espère que les habitants du Nord «voteront avec leurs pieds», comme les Allemands de l'Est. Si la partie turque voit son intérêt, elle devrait accepter le plan de l'ONU : non seulement il reconnaît nombre de faits accomplis, mais il ferait passer Ankara du statut «d'occu-pant» à celui de «garant» de la paix.

       

 

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