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EUROPE - TURQUIE

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Chypre, la réconciliation incertaine

M. Jé.
Le Monde - 15/12/2002

 

L'onu propose que l'île, partagée avec les grecs, devienne un état fédéral

ILE convoitée de la Méditerranée orientale, Chypre fut terre hellène puis ottomane pendant trois siècles avant d'être rattachée à l'empire britannique en 1878. Devenue indépendante en 1960, l'île est alors peuplée à 78 % de Grecs orthodoxes et à 18 % de Turcs musulmans. Les deux communautés vivent imbriquées et leur répartition géographique est mêlée.
En 1974, en réponse à un coup d'Etat fomenté par des ultranationalistes chypriotes grecs qui voulaient rattacher l'île à la Grèce, l'armée turque envahit le nord de l'île, se livrant au passage à des massacres. Dans le même temps, les ultranationalistes grecs encerclent des villages au sud et, dans trois d'entre eux, procèdent à un véritable carnage sur la population civile turque. Depuis 1974, la physionomie de l'île a totalement changé. Elle est aujourd'hui divisée entre deux entités, la partie turque au nord (devenue en 1983 la République turque de Chypre du Nord, 198 000 habitants) et la République de Chypre au sud (625 000 habitants), la seule reconnue internationalement.

C'est cette entité qui, soutenue par la Grèce, commence, en 1998, un processus d'adhésion à l'Union européenne. L'intégration de Chypre est confirmée au sommet de Copenhague du 12 décembre. Si sa réunification n'a jamais été une condition préalable à son adhésion, il est clair que les Quinze auraient préféré intégrer une Chypre réconciliée. Pour ce faire, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a présenté le 11 novembre un plan de règlement qui suppose la création d'un Etat fédéral avec deux cantons et réclame des cessions territoriales de la part d'Ankara.

Si les deux parties avaient semblé accepter le plan comme "base de négociations", les discussons prendront encore du temps. Pauvre et touché par la crise économique turque, le nord de l'île (avec un PIB par tête de 5 270 dollars) vit moins bien que le sud (13 000 dollars). Aussi la population chypriote turque de souche est favorable à une solution. Mais le dénouement de cette partition de vingt-huit ans passe par Ankara. La Turquie, qui soutient à bout de bras le nord de l'île, y maintenant 35 000 soldats, espèrait faire avancer sa propre candidature à l'UE par des concessions sur Chypre. Mais la tentative vient d'échouer.

Consciente de ce que la résolution du problème chypriote amènerait la fin des tensions en Méditerranée, la Grèce se fait l'avocat de la candidature turque. "Nous voulons vous accueillir au sein de l'Europe, vous et les Chypriotes turcs", avait déclaré Georges Papandréou, le ministre grec des affaires étrangères, lors d'une visite à Ankara peu avant le sommet européen.

       

 

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