Paris juge "raisonnable" l'offre danoise pour le financement de l'élargissement Henri de Bresson Le Monde - 12/12/2002 Les tractations des dernières semaines sur le paquet financier de l'élargissement n'ont pas été faciles. Les Quinze ont dû tenir compte d'un équilibre délicat entre les craintes, dans beaucoup de leurs pays, de faire trop de sacrifices financiers, et le sentiment, dans les pays entrants, d'être traités comme des pays de seconde zone. "Une décision fondamentale, un acte d'une portée historique, positif, dans l'intérêt des nouveaux comme des anciens membres de l'Union européenne : l'Europe unie sera plus forte, plus prospère, plus écoutée dans le monde", a souligné la porte-parole de la présidence de la République, Catherine Colonna, en présentant, mercredi 11 décembre, à l'Elysée, les enjeux du sommet de Copenhague, qui doit consacrer la nouvelle phase dans laquelle entre la construction européenne. Même si une dernière négociation délicate attend les Quinze, jeudi et vendredi, dans la capitale danoise, à la fois sur les aides qui seront octroyés aux dix pays entrants et sur la question turque, les autorités françaises ont conscience qu'elles se doivent de bien faire comprendre à l'opinion publique la portée du pas que l'Europe s'apprête à franchir. Bien que décidé dès 1993, puis confirmé par plusieurs sommets européens, l'élargissement de l'Union aux anciens pays communistes d'Europe de l'Est reste pour beaucoup d'Européens et de Français, comme en témoignent les sondages, un thème souvent abstrait et porteur d'inquiétudes. En 2004, lorsque cet élargissement entrera dans les faits, les Français seront appelés à se prononcer par référendum sur la Constitution de cette nouvelle Union, qui est en cours d'élaboration dans le cadre de la Convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing. Le président Chirac et le gouvernement, qui a inauguré, vendredi, à Orléans, une nouvelle série de débats publics sur l'avenir de cette nouvelle Europe, devront répondre à ceux qui les accusent de les avoir mis devant un fait accompli et de mettre en danger les intérêts nationaux. En raison des demandes des pays-candidats et des difficultés budgétaires actuelles de certains membres de l'Union, les tractations de ces dernières semaines sur le paquet financier de l'élargissement n'ont pas toujours été faciles. Les Quinze ont dû tenir compte d'un équilibre délicat entre les craintes, dans beaucoup de leurs pays, de faire trop de sacrifices financiers, et le sentiment, dans les pays entrants, d'être traités comme des pays de seconde zone. A la veille du sommet, Paris a indiqué que les propositions de la présidence danoise pour améliorer celles faites par les Quinze, en octobre, à Bruxelles, constituaient une "offre raisonnable", qu'elle soutiendrait, "à condition que ce soit pour conclure". On y rappelait que le plafond prévu pour la période 2004-2006 ne devait pas être dépassé. Sur la Turquie, la porte-parole de l'Elysée a souligné que la proposition franco-allemande de se donner rendez-vous dans deux ans avec Ankara pour faire le point des réformes qui y sont en cours avait reçu un large appui. "La Turquie n'est pas prête et l'Union a à réussir son nouvel élargissement, à mener à bien ses propres réformes", a rappelé Mme Colonna. Sur le fond, la position officielle de la France avait été fixée par le ministre des affaires étrangères, il y a deux semaines, à Marseille, qui estimé que les frontières de la future Europe comprenaient les pays des Balkans et la Turquie et qu'elles s'arrêteraient là, des accords de partenariat devant être trouvés pour les autres pays voisins, notamment ceux de la Méditerranée et la Russie. Paris ne désespérait pas, dans ces circonstances, que le règlement de l'affaire chypriote puisse connaître une avancée à l'occasion du sommet. "Il n'est pas trop tard pour faire un dernier effort", a rappelé Catherine Colonna. |