Europe : la Turquie dos au mur Philippe JARRASSE L'Est Républicain - 11/12/2002 Ankara pers l’espoir d’un accord au sommet de Copenhague mais se refuse toujours à sortir ses atouts. La Turquie souffle le chaud et le froid mais ne parle que de ça. Samedi, la « une » du quotidien populaire Sabah titrait « 2005 n’arrivera jamais », référence au « compromis » franco-allemand dévoilé la veille. Et, en dessous, un dessin humoristique montrait le leader du parti au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan, entrouvrant le portail de la citadelle Europe pour tomber sur un mur de briques… Le lendemain, la victoire de Miss Turquie au concours de Miss Monde organisé à Londres, était interprété comme un signe d’espoir. Cette jeune musulmane est à elle seule un « message de tolérance et de modernité ». Sur la 2° chaîne de télévision, une émission « Spéciale UE » choisissait, en générique, de montrer l’étoile du drapeau turc abandonnant provisoirement le croissant, pour s’élever vers une couronne d’étoiles forcément européennes… D’un côté, M. Erdogan a quitté Copenhague lundi soir, direction Washington, en se faisant toujours très menaçant, le ministre des Affaires étrangères préparait l’opinion en expliquant qu’un report de six mois ne serait pas la mort. Une annonce au sommet de Salonique en juin, en Grèce, aurait valeur de symbole. Et si c’était en Italie fin décembre, ça irait aussi. M. Berlusconi est un ami. Echec à Chypre Reste que le président de la République turque a renoncé à se rendre à Copenhague lors du sommet des 12 et 13 décembre. Le « compromis » Chirac-Schröder, qui n’en est pas un, a toutes les chances, en effet, de servir de socle à la décision des Quinze sur ce sujet – hautement explosif – de la Turquie. Il prévoit un « rendez-vous » fin 1994 pour constater que les « critères de Copenhague » (démocratie, droits de l’homme, économie de marché) sont bien appliqués, auquel cas des négociations s’ouvriraient à la mi-2005. Le délai, un peu long, tient à la volonté des responsables européens de passer la très délicate année 2004 (entrée des Dix, nouveau Parlement, nouvelle Commission à 25) sans y ajouter un dossier complexe de plus. Car en matière de nuisance, Ankara s’y connaît. Elle disposait au moins de deux leviers efficaces pour tenter de renverser le mur de briques… Le premier atout, c’est l’accord UE-OTAN qu’elle bloque depuis plus d’un an, empêchant la défense européenne de prendre le relais de l’Alliance en Macédoine. Elle n’a toujours pas bougé. Le second, c’est le dossier de Chypre. Hier matin, l’envoyé spécial de l’ONU a remis aux deux communautés une nouvelle version du plan de réunification proposé par Kofi Annan. Pour une signature souhaitée « dans la journée »… Aussitôt, les autorités chypriotes turques ont fait manifester 10.000 opposants à l’Union européenne dans les rues de Nicosie. Leur leader a rejeté la nouvelle mouture et est parti à Ankara pour raisons de santé. Mais la partie durera jusqu’à vendredi soir. |