Washington soutient l'adhésion rapide de la Turquie à l'Europe Le Monde - 11/12/2002 Le leader du Parti de la justice et du développement (AKP), Recep Tayyip Erdogan, a été reçu mardi 10 décembre à la Maison Blanche. George Bush a renouvelé son soutien à la Turquie en faveur de son intégration à la Communauté européenne. A l'approche du sommet de Copenhague, qui s'ouvrira jeudi 12 décembre, les Etats-Unis ont une nouvelle fois pris parti en faveur de l'intégration de la Turquie à l'Europe en reçevant Recep Tayyip Erdogan, chef de file du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir. Le message de George Bush, à l'issue de la rencontre avec le leader turc, a été très clair : "Nous nous tenons à vos côtés dans votre désir de devenir membre de l'Union européenne", a déclaré le président américain. Qualifiant Ankara de "partenaire et allié stratégique des Etats-Unis", dont il a loué l'"attachement à la démocratie et à la liberté", George W. Bush a rappelé à M. Erdogan que "nous (les Américains) travaillons dur en faveur de la Turquie". Le leader de l'AKP, qui n'occupe pour l'instant aucune fonction officielle au sein de l'Etat turc, n'avait pas eu droit aux honneurs officiels lors d'une précédente visite effectuée avant la victoire de son parti le 3 novembre. Alors que la France et l'Allemagne proposent une ouverture des négociations d'adhésion, au plus tôt à compter du 1er juillet 2005, la Turquie souhaite obtenir une date fixe dès 2003, considérant sa "candidature à l'Union européenne comme le plus important projet de modernisation (du) pays depuis l'instauration de la République", selon les mots de M. Erdogan. "Nous sommes au courant de votre soutien à ce sujet et vous en sommes très reconnaissants. Mais cela ne peut s'arrêter là. Nous souhaitons que cela se poursuive", a souhaité le chef de l'AKP, qui a indiqué à la presse avoir demandé au président de lancer une nouvelle campagne d'appels en faveur de l'adhésion de la Turquie à l'UE. Outre George W. Bush, M. Erdogan a en outre pu rencontrer le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, et la conseillère du président pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice. L'appui de l'administration américaine à la Turquie n'est bien sûr pas désintéressé, et s'explique par le désir de Washington d'obtenir de la Turquie l'autorisation d'utiliser des bases militaires en cas d'un conflit avec l'Irak. Ankara autorise actuellement les avions américains et britanniques qui patrouillent la zone d'interdiction aérienne du nord de l'Irak à utiliser la base aérienne d'Incirlik, dans le sud du pays. Mais les dirigeants turcs redoutent qu'une nouvelle guerre contre Bagdad ne provoque une déstabilisation régionale, notamment par ses effets sur les Kurdes, répartis principalement en Turquie et en Irak. "Le soutien de la Turquie est assuré", avait assuré Paul Wolfowitz, lors d'une visite, début décembre, à Ankara. Mais le premier ministre turc, Abdullah Gül, s'était montré beaucoup plus circonspect en déclarant le 4 décembre que son pays ne s'était pas engagé formellement à coopérer en cas de guerre. MM. Bush et Erdogan n'ont pas évoqué, mardi, publiquement l'Irak, mais le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer, a indiqué qu'ils avaient tous deux estimé que ce pays représentait "une menace" et "devait être désarmé". Active sur le plan diplomatique, la Turquie l'est également sur le plan intérieur. Ainsi le Parlement turc, réuni en Assemblée constitutionnelle, a-t-il adopté, mardi, un nouveau projet de réformes démocratiques visant à rapprocher la Turquie des critères politiques de l'Union. Ces amendements constitutionnels, qui doivent être approuvés mercredi par les mêmes parlementaires en assemblée plénière, ont été adoptés tant par les députés du Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), au pouvoir, que par ceux de l'opposition du Parti républicain du peuple (CHP, centre gauche). Parmi les modifications prévues figure la restriction des clauses empêchant un citoyen turc d'être candidat à la députation. Cette disposition pourrait permettre à Recep Tayyip Erdogan, condamné pour "incitation à la haine religieuse", d'entrer à l'Assemblée, et dès lors, d'accéder au poste de premier ministre. Le nouveau texte indique en effet que les candidats à une élection ne pourront avoir été condamnés pour des "actions terroristes", alors que la précédente loi faisait mention d'"actions idéologiques et anarchiques". Une autre modification prévue concerne l'allègement des conditions donnant le droit de former un parti politique, et l'obligation pour la Cour constitutionnelle de réunir une majorité qualifiée de voix pour interdire les partis politiques. Les autres amendements renforcent le secret professionnel des journalistes et des patrons de presse, et réduisent les condamnations contre les fondations des minorités non musulmanes. D'autres amendements portent surtout sur le renforcement de la lutte contre la torture, avec des mesures plus répressives, et la défense des droits de l'homme, avec la possibilité de poursuites contre les fonctionnaires incriminés sans l'autorisation préalable de leurs supérieurs. Avec AFP et Reuters |