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EUROPE - TURQUIE

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A Copenhague, les Quinze vont fixer un double rendez-vous
à la Turquie

Laurent Zecchini
Le Monde - 10/12/2002

 

La proposition franco-allemande, qui prévoit une évaluation de la candidature turque en 2004 et une éventuelle ouverture de négociations en 2005, devrait être adoptée lors du sommet européen des 12 et 13 décembre. Chypre devrait rejoindre l'Union en tant qu'Etat divisé.

La Turquie n'obtiendra pas de date formelle d'ouverture de négociations d'adhésion à l'Union lors du sommet européen de Copenhague des 12 et 13 décembre.

Certes, la décision des Quinze n'est pas formellement prise, mais tout concourt à inciter les Quinze à se prononcer pour une solution médiane, peu éloignée de la proposition franco-allemande. Celle-ci prévoit un premier rendez-vous d'évaluation fin 2004 et, si tout va bien, l'ouverture de négociations en juillet 2005.

Tel est le sentiment de la présidence danoise de l'Union, de la Commission européenne, et d'une majorité d'Etats membres. Les ministres européens des affaires étrangères se sont retrouvés, lundi 9 décembre, pour un dîner qui a donné lieu à un tour de table sur la "question turque". Parmi les plus enclins à soutenir les demandes d'Ankara, le Royaume-Uni arrive en tête, suivi de l'Espagne et de l'Italie. Ces trois pays, nettement "atlantistes", ont été assidûment courtisés par les Etats-Unis, lesquels souhaitent que la Turquie s'"ancre" au plus vite à l'Union européenne. La Grèce et la Belgique sont également partisans d'une offre plus généreuse en faveur de la Turquie, mais avec moins de zèle.

A l'opposé de ce premier groupe, on trouve la Suède, la Finlande, les Pays-Bas et l'Autriche, qui se seraient contentés d'adresser un signal d'encouragement à Ankara, sans qu'il soit question de fixer la moindre date. Ce second groupe est cependant prêt à rejoindre les pays qui souhaitent une position équilibrée et prudente des Quinze. Pour eux, l'Union ne peut pas renier ses promesses ; il ne fait plus de doute que la Turquie a "vocation" à rejoindre l'UE ; et il faut adresser un signal vraiment positif à son nouveau gouvernement. Plusieurs pays sont sensibles à l'un des arguments développés par la France selon laquelle l'ordre du jour de l'Union risque d'être chargé en 2004, avec la ratification des traités d'élargissement, et des référendums sur le traité constitutionnel issu de la Convention sur l'avenir de l'Europe.

"DONNER DU TEMPS"

"Il faut examiner la question de l'ouverture des négociations avec la Turquie avec toute la sérénité possible", résume un ministre amateur de litote. En clair : l'élargissement de l'Union à vingt-cinq Etats membres va déjà être difficile à faire accepter aux opinions publiques ; le fait d'ajouter la "question turque" serait le plus sûr moyen de précipiter un échec. Paris et Berlin estiment qu'il faut à la fois "donner du temps" à l'Europe et à la Turquie, laquelle n'aura pas trop de deux ans pour démontrer que les critères de Copenhague sont effectivement appliqués.

Plusieurs pays craignent cependant qu'une Turquie mécontente du calendrier de son adhésion adopte une attitude très négative sur la question de Chypre et sur celle de la défense européenne. A Nicosie, un intense ballet diplomatique s'est développé ces derniers jours pour tenter de convaincre Glafcos Cléridès et Rauf Denktash, les leaders respectifs des communautés chypriote grecque et chypriote turque, de donner leur accord au plan de réunification de l'île proposé par Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU.

Les positions entre les deux hommes sont cependant encore trop éloignées pour qu'un accord puisse intervenir avant Copenhague. C'est donc en tant qu'Etat divisé que Chypre va rejoindre l'Union. La plupart des pays européens font cependant le pari qu'Ankara aurait tout à perdre en réagissant par une annexion pure et simple de la partie nord de l'île : "Les Turcs brûleraient leurs vaisseaux s'agissant de leurs perspectives d'adhésion pour au moins dix ans", résume un diplomate français.

S'agissant de la défense européenne, la Turquie n'a plus aujourd'hui d'objection contre le "texte de Bruxelles" sur les "arrangements permanents" entre l'UE et l'Alliance atlantique, adopté par les Quinze (dont la Grèce). Le dernier problème a trait à l'"accord de sécurité" au sein de l'OTAN, c'est-à-dire aux conditions devant permettre aux Européens d'avoir un accès automatique aux moyens de l'Alliance. Les Turcs veulent obtenir que cette faculté ne soit ouverte qu'aux membres actuels de l'Union. Le but de la manœuvre est bien sûr d'éviter que Chypre puisse jamais bénéficier d'un tel accès. Il n'est pas impossible que les Quinze obtiennent cette concession, à la fois de la part de la Grèce et de Chypre.

       

 

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