La Turquie craint le statu quo au sommet de Copenhague Le Monde - 10/12/2002 Les dirigeants turcs sont sceptiques sur l'ouverture prochaine de négociations notamment à la suite des déclarations du premier ministre danois indiquant qu'aucune date ne sera fixée au sommet de Copenhague. Face aux avertissements européens, la Turquie, qui jusqu'à présent exigeait du sommet de Copenhague, qui se tiendra jeudi 12 et vendredi 13 décembre, une date pour l'ouverture de négociations d'adhésion avec l'Union Européenne (UE), semblait lundi prête à revoir sa position. Cependant, plusieurs hauts dirigeants turcs ont dénoncé l'attitude de l'UE. "On peut décider à Copenhague d'annoncer au sommet européen de Salonique, en juin 2003, une date pour l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie", avançait par exemple, lundi, le ministre turc des affaires étrangères Yaser Yakis dans une interview au quotidien Radikal. "Ainsi ce sera la Grèce qui nous donnera une date," une décision symbolique pour les relations entre les deux alliés et frères enemis au sein de l'Otan, a-t-il souligné. Et d'ajouter qu'en dernier ressort, une date pour les négociations pourrait même être annoncée "pendant la présidence italienne en décembre 2003", à condition que ces négociations démarrent "au printemps 2004". Jusqu'à présent, le gouvernement d'Ankara réclamait haut et fort une date, ferme et définitive, de préférence dès l'an prochain, pour l'ouverture de négociations d'adhésion. La Turquie est candidate à l'UE depuis 1999. Mais le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, qui assure la présidence tournante de l'UE, a affirmé au quotidien allemand Die Welt qu'il n'y aura "pas de date" fixée pour la Turquie, jeudi et vendredi, au sommet européen de Copenhague. "Nous ne donnerons une date que lorsque la Turquie aura rempli les critères politiques", a affirmé M. Rasmussen pour qui, la seule question "est de savoir comment nous allons articuler ce principe à Copenhague". L'UE se prépare, à Copenhague, à accepter officiellement l'adhésion de dix nouveaux membres, dont Chypre, île divisée entre communautés grecque et turque LA TURQUIE CRAINT DE VOIR SON ADHÉSION BLOQUÉE Outre le fait d'être à la traîne dans le marathon européen, la Turquie est "particulièrement effrayée à l'idée de voir dix nouveaux pays lui bloquer le chemin, notamment Chypre", selon un diplomate occidental à Ankara. Car en l'absence d'accord sur la réunification de l'île - thème qui mobilisera jusqu'au dernier moment les différentes parties, y compris au sommet - l'UE se propose d'accueillir uniquement la partie grecque. A compter de son entrée dans l'Union au 1er mai 2004, les Chypriotes grecs pourraient alors faire barrage à l'adhésion de la Turquie qui occupe la partie nord de l'île depuis près de trente ans. "Obtenir l'aval de 25 membres au lieu de 15 aujourd'hui serait difficile", a reconnu M. Yakis, lors de son entretien avec Radikal. Ceci explique le rejet virulent des autorités d'Ankara d'une proposition franco-allemande visant à ouvrir des négociations entre l'UE et la Turquie en 2005, si la Commission européenne, d'ici 2004, estime qu'Ankara a fait suffisamment de progrès pour s'aligner sur les normes européennes. Lundi matin, le premier ministre danois s'est à nouveau entretenu avec le dirigeant du parti au pouvoir (AKP) en Turquie, Recep Tayyip Erdogan, qui lui a remis une lettre, signée par le premier ministre turc Abdullah Gül, détaillant l'ensemble des réformes auxquelles le nouveau gouvernement à Ankara s'est engagé. "Nous nous attendons à ce que ces réformes soient approuvées par le parlement avant que vous ne vous réunissiez à Copenhague", affirme notamment le document. M. Erdogan, pour sa part, qui a misé une bonne partie de son prestige et de sa crédibilité dans l'obtention d'une date pour la Turquie, a accusé l'UE, lundi, de mener une "politique de deux poids et deux mesures", ayant ouvert des négociations avec d'anciens membres du Pacte de Varsovie "alors que certains ne remplissaient pas les critères politiques requis". Faute de trouver un compromis acceptable par la Turquie à Copenhague, les Européens pourraient s'employer à réaffirmer au moins l'irréversibilité de la candidature turque à l'UE, indique-t-on de source diplomatique. Le président turc, Ahmet Necdet Sezer, s'est pour sa part déclaré pessimiste, lundi, concernant une décision en faveur d'une date ferme pour l'amorce des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne au sommet de Copenhague, jeudi et vendredi. "Je suis d'avis que les pays de l'UE ne vont pas réussir leur épreuve", a-t-il dit aux journalistes. Il a souligné qu'en raison de "signaux négatifs, non pas seulement du Danemark, mais d'autres pays" envers la Turquie, il n'envisageait pas de se déplacer à Copenhague à l'occasion du sommet. Interrogé quant à savoir si son absence à Copenhague pouvait affecter la candidature turque, M. Sezer a dit : "Je ne crois pas. Ils (l'UE) nous ont donné plus ou moins les indices de leur décision" prochaine. Le chef de l'Etat turc a rappelé que son pays avait engagé de nombreuses réformes en matière des droits de l'homme et de démocratie pour remplir les critères de Copenhague et a estimé que les membres de l'UE devaient passer un "test de sincérité" concernant leurs véritables intentions à propos de la Turquie. La Turquie sera représentée à Copenhague par son premier ministre, Abdullah Gül, et le ministre des affaires étrangères, Yasar Yakis. M. Erdogan y sera également présent. Avec AFP |