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EUROPE - TURQUIE

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La Turquie veut une réponse claire des Quinze sur son adhésion à l'UE

Laurent Zecchini
Le Monde - 08/12/2002

 

Le compromis franco-allemand est jugé insuffisant.

Après la prise de position franco-allemande sur l'ouverture des négociations avec la Turquie en vue de son entrée dans l'Union européenne, Ankara et les Quinze hésitent sur leur attitude. La question turque sera évoquée, lundi 9 décembre, par les ministres européens des affaires étrangères, qui se retrouvent à Bruxelles pour préparer le sommet de Copenhague des 12 et 13 décembre, au cours duquel doit être acté l'élargissement de l'Union à dix nouveaux pays et où il faudra bien donner une réponse aux Turcs sur leurs propres perspectives. Le principe de leur adhésion, qui soulève de nouvelles questions en Europe, avait été décidé, en décembre 1999, par le sommet d'Helsinki.

La décision finale sur la Turquie relève des chefs d'Etat et de gouvernement. Lundi aussi, Recep Tayyip Erdogan, chef du parti AKP et maître à penser du gouvernement du premier ministre turc, Abdullah Gül, se rendra à Copenhague. Il y rencontrera à nouveau le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, lors de l'ultime étape du périple européen au cours duquel il s'est efforcé de convaincre ses interlocuteurs d'accorder à son pays une date ferme.

La France et l'Allemagne proposent une double date : la première, fin décembre 2004, pour évaluer, sur rapport de la Commission, si la Turquie respecte les critères de Copenhague (droits de l'homme, démocratie, etc.). Un second rendez-vous serait pris pour juillet 2005, afin de commencer les négociations si l'examen était positif. Les Britanniques, qui se font ouvertement les relais du lobbying américain en faveur d'une adhésion la plus rapide possible de la Turquie, semblent assez isolés.

Les Espagnols, pour des raisons historiques et commerciales (leur coopération militaire avec Ankara est importante) sont de chauds partisans du rapprochement avec la Turquie, comme la Grèce, pour d'évidentes raisons géostratégiques. L'Italie approuve le principe de fixer une "date pour une date", comme les Suédois. L'Autriche et les Pays-Bas sont nettement réticents. La Belgique, par la voix de son ministre des affaires étrangères, Louis Michel, a au contraire souhaité que les Quinze expriment "un point de vue encore plus volontariste" que celui exprimé par la France et l'Allemagne, qui ne satisfait pas Ankara.

Vendredi, les responsables turcs se sont relayés pour le dire : à Ankara, M. Erdogan a estimé qu'une telle offre est "inacceptable". La Turquie, a-t-il souligné, ne veut pas de date au-delà de 2003. "Si vous imposez un nouveau délai à la Turquie, qui attend depuis quarante ans à la porte de l'Europe, l'histoire ne vous le pardonnera pas." Propos sibyllins, explicités par le premier ministre Abdullah Gül : "Si l'adhésion de la Turquie reste en souffrance et est reportée à des dates incertaines, il ne nous sera sans doute plus possible, demain, de ressentir le même enthousiasme vis-à-vis de l'Union européenne."

Les propos sont mesurés, mais, dans les milieux diplomatiques européens, chacun comprend deux choses : un règlement politique de la division de Chypre, qui va entrer dans l'Union, risque d'être plus difficile à obtenir, tout comme un accord entre l'Alliance atlantique et l'Union européenne sur la défense. Il va de soi que personne ne s'avise d'utiliser le terme peu diplomatique de "chantage".

Vendredi, Yasar Yakis, ministre turc des affaires étrangères, était présent à la Convention sur l'avenir de l'Europe, que préside Valéry Giscard d'Estaing. Il a adopté un ton très modéré pour déplorer la position franco-allemande. Le gouvernement turc éprouvera de "grandes difficultés" à expliquer à son opinion publique pourquoi l'Europe traite la Turquie différemment des autres pays candidats.

Lorsque les dix pays qui vont entrer dans l'UE ont commencé leurs négociations d'adhésion, a-t-il insisté, certains d'entre eux n'avaient pas rempli tous les critères de Copenhague (ce qui, au moins pour la Slovaquie, n'est guère niable). Pour M. Yakis, le bon calendrier est le suivant : décision positive des Quinze à Copenhague sur l'entrée de la Turquie, délai de six mois pour leur permettre de vérifier que les critères sont respectés, début des négociations d'adhésion lors du sommet européen de Salonique, en juin, sous présidence grecque.

Les Turcs sont incertains : doivent-ils continuer à faire preuve de conciliation, pour ménager une ultime chance d'obtenir une proposition plus favorable à Copenhague, ou accréditer l'idée que l'Union serait également perdante en cas de crise politique avec la Turquie ? Ce jeu du chat et de la souris va perdurer jusqu'au milieu de la semaine prochaine. De source française, on rappelle que la Turquie va se voir offrir une date, et que c'est en soi "la réponse la plus claire et la plus définitive à la question soulevée par M. Giscard d'Estaing : oui, la Turquie est un pays candidat comme un autre à l'Union européenne", résume un diplomate.

       

 

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