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M. Erdogan rejette l'idée d'un début de négociations en 2005
pour son entrée dans l'Union

Le Monde - 06/12/2002

 

Le dirigeant du parti au pouvoir en Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a qualifié d'"inacceptable" la proposition franco-allemande visant à ouvrir sous conditions, en juillet 2005, des négociations avec l'Union européenne (UE) pour l'adhésion de la Turquie. Dans un entretien accordé jeudi 5 décembre au soir à la chaîne de télévision CNN-Turk, M. Erdogan, chef du Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), a affirmé qu'il fallait revoir cette proposition avancée par le président français, Jacques Chirac, et le chancelier allemand, Gerhard Schröder. "Nous devons revenir sur tout ça dans le cadre de nos derniers efforts de lobbying auprès des Français, des Allemands et de la présidence (danoise) en exercice" de l'UE, a affirmé M. Erdogan, dont les propos ont été repris par l'agence Anatolie.
La Turquie réclame une date fixe et proche pour l'ouverture de négociations sur son adhésion à l'UE, alors que la France et l'Allemagne proposent de fixer "une clause de rendez-vous" en décembre 2004 pour examiner, après un rapport de la Commission européenne, si la Turquie a respecté les critères européens en matière de démocratie et d'économie de marché. "Dans l'hypothèse où ce serait le cas, alors (il y aurait le) début des négociations à partir de juillet 2005", a déclaré, jeudi, M. Chirac.

"L'HISTOIRE NE PARDONNERA PAS"

"Si vous imposez un nouveau délai à la Turquie qui attend depuis quarante ans à la porte de l'Europe (...), l'Histoire ne vous pardonnera pas", a lancé M. Erdogan à l'adresse des dirigeants européens qui se réunissent la semaine prochaine à Copenhague pour décider de l'élargissement de l'Union. Le dirigeant turc, qui doit gagner la capitale danoise lundi pour des entretiens avec le premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, a affirmé que son pays était "plus avancé" que les douze autres candidats à l'UE en ce qui concerne les conditions d'adhésion.

Un refus au sommet de Copenhague de fixer une date pour la Turquie reviendrait à établir "deux poids deux mesures" dans la sélection des candidats à l'élargissement de l'Union, a-t-il ajouté. Mettant l'accent sur la "volonté" de la Turquie d'adhérer à l'UE, M. Erdogan a indiqué que son pays "lutterait jusqu'au bout" pour décrocher une date à Copenhague.

La Turquie souhaite remplir les critères de Copenhague sur le respect des droits humains et de la démocratie pour "élever les normes de vie de notre peuple" et "nous n'allons pas nous arrêter si elle (l'UE) ne nous accepte pas", a-t-il ajouté. Le Parlement turc sortant a voté des réformes cruciales l'été dernier, notamment l'abolition de la peine de mort et l'octroi aux Kurdes de droits culturels, mais la Commission européenne les a jugées insuffisantes dans un rapport publié en octobre. D'autres réformes devraient être adoptées par le Parlement dans les jours prochains.

Selon l'éditorialiste du journal libéral Radikal, la proposition germano-française d'ouvrir des négociations avec la Turquie en 2005 revient à "exclure" les Turcs. "Un tel développement va sûrement plaire à Oussama Ben Laden qui avance la thèse: ils sont chrétiens, nous sommes musulmans, et nous devons les combattre car ils nous ont exclus", a-t-il avancé.

LA SUÈDE OPPOSÉE À UNE DATE D'ADHÉSION

Le Premier ministre suédois Goeran Persson s'est déclaré opposé à l'annonce d'une date d'adhésion de la Turquie à l'Union
européenne lors du sommet européen de Copenhague (12-13 décembre), exigeant d'Ankara la poursuite des réformes comme préalable à toute négociation. "On ne doit pas faire le contraire: d'abord fixer une date et ensuite suivre la manière dont la Turquie satisfait aux exigences" de l'UE notamment en matière de démocratie et d'économie de marché, a affirmé vendredi Goeran Persson. Cette position est défendue par la France et l'Allemagne qui entendent proposer à leurs treize partenaires de l'UE d'ouvrir sous conditions en juillet 2005 des négociations d'adhésion avec la Turquie. "Ce que je crains le plus c'est que l'on élude l'exposé que la Commission va livrer et qu'au lieu de cela on prenne une décision purement politique", a dit le chef du gouvernement social-démocrate, cité par l'agence de presse TT.

Avec AFP

       

 

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