La question turque divise les députés français Patrick Roger et Philippe Le Cœur Le Monde - 05/12/2002 Vives oppositions à droite, mises en garde et conditions à gauche. À droite comme à gauche, la question de l'entrée de la Turquie dans l'Europe divise les députés français. C'est ce qui est ressorti des conversations qui se sont tenues, mardi 3 décembre, à l'Assemblée nationale, en marge du débat sur l'avenir de l'Europe, durant lequel le sujet a été abordé par certains orateurs. L'invité du jour, Valéry Giscard d'Estaing, qui l'avait lui-même lancé, voici quelques semaines, en déclarant que la Turquie n'était pas un pays européen, s'est bien gardé toutefois de le relancer lui-même, laissant à François Bayrou le soin de le faire. C'est à droite que se situent les plus farouches opposants à une Turquie européenne. "Je suis contre totalement", déclare André Santini (UDF), qui, tout comme d'autres UDF - Anne-Marie Comparini, Maurice Leroy ou François Sauvadet -, s'inscrit dans la ligne tracée par l'ex-président de la république. "La Turquie ce n'est plus la terre européenne", plaide Mme Comparini. "L'entrée de la Turquie dans l'union européenne, cela voudrait dire que les frontières de l'Europe seraient l'Irak et l'Iran", pointe M. Leroy, pour qui "si l'on veut rendre l'Europe illisible, alors oui, faisons cela". "Il faut dire oui à l'entrée [de la Turquie dans l'Union européenne] sous une forme ou une autre, c'est quelque chose qui paraît logique", lance pour sa part le socialiste Manuel Valls. Pour autant, si ce dernier convient qu'il "faut déjà arrimer la Turquie", il ajoute qu'il ne "s'agit pas de faire n'importe quoi". "TIRER L'EUROPE VERS LE SUD" "Il faut examiner la gradation de l'entrée. Il y a des conditions pour y arriver", précise-t-il. C'est aussi ce que disent la députée UMP Nadine Merano ou le communiste Maxime Gremetz. "A partir du moment où l'Union a pris des engagements, cela paraît difficile de revenir en arrière et si ce pays souscrit à un certain nombre de critères pourquoi fermer la porte ?", souligne la première. "Il faut qu'un certain nombre de conditions soient remplies - respect des droits de l'homme, existence d'un système démocratique et non tenu par les militaires, indépendance par rapport aux Etats-Unis -", détaille M. Gremetz, qui assure ne "pas avoir d'opposition de principe, car, alors qu'on va élargir [l'UE] à d'autres pays, je ne vois pas pourquoi on ne le ferait pas pour la Turquie". Se déclarant "plutôt pour", la députée UMP Christine Boutin dit "entendre les efforts de la Turquie sur les droits de l'homme", mais aussi "être sensible aux arguments de ceux qui disent qu'il faut d'abord réussir l'élargissement en cours avant d'aller plus loin". "Alors laissons faire le temps et que cela permette à la Turquie de rejoindre les fondamentaux", considère-t-elle. "Si les conditions ne sont pas remplies, sans forcément aller au niet définitif, on peut peut-être proposer une formule différente", avance Jacques Barrot, le président du groupe UMP. "Je suis plutôt favorable à un accord de partenariat", indique M. Leroy. "Il faut envisager d'autres formes d'adhésion qui vaudraient aussi pour certains pays maghrébins", plaide Mme Comparini, "notre job est de tirer l'Europe vers le Sud". "Faire entrer la Turquie, c'est faire un cas particulier qui ne se justifie pas, mieux vaudrait traiter parallèlement Turquie et Maroc", renchérit le socialiste Christian Bataille. "Il faut en profiter pour donner un signe de l'autre côté de la Méditerranée." |