La France souhaite un consensus européen sur la Turquie Le Monde - 28/11/2002 Le président Chirac a encouragé la Turquie à poursuivre ses réformes en vue d'une adhésion à l'Union européenne mais s'est gardé de se prononcer sur une date d'ouverture des négociations en disant vouloir un "consensus européen". Le chef du parti islamiste au pouvoir en Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a-t-il convaincu les Quinze de la nécessité de faire entrer son pays dans l'Union européenne ? A en juger par l'annonce qu'il a faite mercredi soir à Paris et qui clôture sa tournée européenne entamée le 13 novembre, rien est acquis. Dans un souci de lever les réticences européennes, le chef du Parti de la justice et du développement (AKP), qui a remporté une écrasante victoire aux élections du 3 novembre, a, en effet, annoncé, en début de soirée, une révision de la Constitution turque et une série de mesures notamment dans le domaine des droits humains afin de permettre l'intégration de son pays dans l'Union européenne. "La Constitution sera révisée afin de satisfaire aux critères de Copenhague et cela touchera notamment la loi électorale et la loi sur les partis politiques. (...) Nous allons renforcer la liberté d'expression et celle des ONG et les lois électorales seront révisées", a-t-il précisé, indiquant aussi qu'une "commission d'intégration avec l'UE sera constituée au sein du Parlement turc". "Une priorité sera accordée à la ratification des conventions internationales" par la Turquie et "nous attendons qu'une date soit proposée à la Turquie au sommet de Copenhague (les 12 et 13 décembre) pour entamer les discussions sur son adhésion", a-t-il précisé. LE PROTOCOLE BOUSCULÉ C'est à l'issue d'un entretien avec le président français qu'il a fait cette annonce. Mercredi soir, M. Erdogan a été reçu par Jacques Chirac, qui l'a accueilli sur le perron du palais de l'Elysée, un geste habituellement réservé aux chefs d'Etat et de gouvernement. Les deux hommes se sont longuement serré la main avant de commencer leur entretien, qui a duré une heure et quart, dont une demi-heure en tête-à-tête. Le président Chirac a, de son côté, encouragé la Turquie à poursuivre ses réformes en vue d'une adhésion à l'Union européenne mais s'est gardé de se prononcer sur une date d'ouverture des négociations en disant vouloir un "consensus européen". Il a souhaité que cet accord soit "aussi acceptable que possible par la Turquie", a rapporté la porte-parole de la présidence, Catherine Colonna. M. Chirac a redit "sa conviction que la Turquie a toute sa place dans l'Europe, dans la mesure où elle adhère aux mêmes valeurs que l'Europe et respecte ce que nous appelons les critères de Copenhague", a poursuivi la porte-parole de la présidence. L'UE a défini en 1993, lors d'un précédent sommet à Copenhague, des critères politiques et économiques qui imposent essentiellement aux pays candidats d'être démocratiques et dotés d'une économie de marché. Le président français s'est déclaré "heureux des réformes engagées" et "a noté avec satisfaction la détermination du gouvernement turc à les poursuivre", a souligné Mœ Colonna. Cette dernière a aussi indiqué que M. Erdogan avait assuré M. Chirac de "la détermination de son gouvernement à poursuivre le travail engagé et à tout mettre en œuvre pour que ces critères soient remplis". LA TURQUIE N'EST "PAS EN EUROPE" Mais sur la question cruciale de la date d'ouverture des négociations, M. Chirac a indiqué que la France n'avait pas arrêté sa position sur la nature du "signal complémentaire" qui devait être adressé à la Turquie lors du sommet de Copenhague. Les Quinze peuvent soit décider d'une date dès Copenhague soit fixer un nouveau rendez-vous pour faire le point. "Sur ce point, la France n'a pas arrêté sa position car elle privilégie la recherche d'un consensus européen aussi acceptable que possible par la Turquie", a dit Mme Colonna. Cette position traduit la prudence des dirigeants français alors que la perspective d'une adhésion de la Turquie, désormais dirigée par un parti issu de la mouvance islamiste, provoque en France une division au sein même de tous les partis politiques. Emboîtant le pas à l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing, l'ancien ministre socialiste des affaires étrangères, Hubert Védrine, a ainsi affirmé, mercredi, que la Turquie n'est "pas en Europe" et s'est prononcé plutôt pour un "partenariat" entre ce pays et l'UE. M. Giscard d'Estaing avait estimé, début novembre, que l'adhésion de la Turquie serait "la fin de l'Union européenne". Avec AFP et Reuters |