Romano Prodi, partisan d'un «anneau de pays amis» Le Figaro - 27/11/2002 Dans son rapport d'évaluation d'octobre, la Commission européenne n'a pas suggéré de donner à la Turquie une date pour l'ouverture de négociations d'adhésion. Est-ce toujours votre position ? Romano PRODI. – Il n'y a aucun changement dans notre attitude. La décision du collège des commissaires a été prise quasiment à l'unanimité, sans vote, du reste, et elle reste valable. La Turquie est un des pays candidats à l'adhésion à l'Union européenne. Dans notre analyse, elle n'est pas à ce stade prête. Elle ne remplit pas encore les «critères de Copenhague» définis par l'Union en 1993. Quant au reste, les chefs d'Etat et de gouvernement prendront leurs responsabilités, dans deux semaines, au sommet dans la capitale danoise. A l'heure actuelle, si la Turquie adhérait, je pense que le vote de ratification du Parlement européen ne serait pas positif. Je me demande d'ailleurs combien de nos Parlements nationaux donneraient leur feu vert. Mais le débat sur les frontières de l'Europe devra bien un jour avoir lieu... Cela fait longtemps qu'il aurait dû être mené. Après le prochain élargissement, nous n'y échapperons plus. Il faudra enfin définir quelle Europe nous proposons à nos citoyens. Nous ne pouvons pas indéfiniment les laisser dans le vague. Ils sont d'ailleurs nombreux à me poser la question. Dans mon esprit, une chose est claire : les pays des Balkans, tôt ou tard, feront partie de notre Europe. C'est à nous d'assumer leur adhésion, et, dans la mesure où pris ensemble ils représentent un peu plus d'un pour cent de notre PNB, il ne devrait y avoir aucun problème majeur. Pour le reste, je voudrais constituer ce que j'appelle un «anneau de pays amis». Les pays qui n'ont pas vocation à adhérer, mais dont le destin est lié au nôtre : la Russie, le Maroc, l'Egypte, Israël, pourraient en faire partie. Ce sont des Etats auxquels nous devons donner plus qu'un accès commercial. En fait, nous devrions leur accorder tous les avantages liés à une adhésion, sauf l'intégration dans nos institutions. Oui à la participation à nos politiques, mais pas de commissaire, de député ou de ministre de ces pays dans nos instances de décision. Et des pays comme l'Azerbaïdjan, l'Arménie, la Géorgie ? Ils se sentent européens, après tout... Même les Néo-Zélandais se sentent européens, et personne n'envisage leur entrée dans l'Union européenne. |