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EUROPE - TURQUIE

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Le débat sur l'entrée de la Turquie dans l'Union se poursuit

Laurent Zecchini
Le Monde - 24/11/2002

 

A Prague, M. Chirac a souligné que la question ne se pose pas en termes d'"affrontement religieux"
Prague de notre envoyé spécial

Le 14e sommet de l'OTAN a vu se poursuivre la controverse sur la candidature de la Turquie – membre de l'Alliance – à l'Union européenne.

Et, dans ce débat de plus en plus passionné, Ankara peut compter sur la France pour être l'un de ses avocats. Alors que Valéry Giscard d'Estaing, président de la Convention sur l'avenir de l'Europe, a jeté un pavé dans la mare, le 8 novembre, en assurant que l'adhésion de la Turquie signifierait "la fin de l'Union européenne", le président français a profité du sommet de l'Alliance atlantique, vendredi 22 novembre, pour s'inscrire en faux contre cette vision, tout en reconnaissant qu'Ankara doit encore faire des efforts dans différents domaines.

La Turquie "a toute sa place en Europe, a insisté M. Chirac. Je sais que la chose peut se discuter sur le plan géographique, mais pas sur le plan historique ni sur celui de la civilisation, l'une des plus anciennes du monde, qui a beaucoup apporté à l'humanité". On ne peut pas davantage le nier sur le plan de "l'intérêt économique et politique" de l'Union, a-t-il ajouté. Pour autant, les critères politiques de Copenhague (démocratie, droits de l'homme, etc.) doivent être respectés, c'est une "condition indispensable" pour que les Quinze puissent se prononcer sur la demande des Turcs, qui souhaitent obtenir une date de début de négociations d'adhésion à l'occasion du sommet européen de Copenhague, les 12 et 13 décembre.

LA VOIE DES RÉFORMES

M. Chirac a réfuté l'argument selon lequel l'Europe ne serait pas prête à accueillir 60 millions de musulmans turcs : "C'est curieux, a-t-il répliqué, car vous ne dites pas 60 millions de chrétiens français..." "La Turquie, a-t-il ajouté, est un pays laïque, et nous attendons, bien entendu, qu'elle ne remette pas en cause cette laïcité. Ce n'est pas en termes d'affrontement de religions qu'il faut poser le problème."

Le président français n'est pas le seul chef d'Etat et de gouvernement des Quinze à encourager Ankara à poursuivre sur la voie des réformes. Il semble d'ailleurs que la prise de position de M. Giscard d'Estaing ait eu pour effet d'inciter plusieurs gouvernements à reconnaître que les Quinze se sont de facto engagés, lors du sommet d'Helsinki, en 1999, sur la "vocation" de la Turquie à rejoindre l'Union.

A Prague, Gerhard Schröder a estimé que l'Allemagne "a un intérêt national à renforcer les courants laïc et pro-européen en Turquie". Français et Allemands ont d'ailleurs décidé, indique-t-on à l'Elysée, de rechercher ensemble une formule pour Copenhague "qui convienne aux Quinze et à la Turquie". Alors que le soutien du Britannique Tony Blair ne fait pas de doute, l'Espagnol José Maria Aznar espère "qu'à Copenhague il y aura un message fort. Je suis partisan de fixer une date [d'ouverture de négociations d'adhésion], dans la mesure du possible", a-t-il indiqué vendredi.

Reste cependant les différends entre la Turquie et l'Union, comme les négociations sur l'avenir de Chypre et le blocage turc sur la conclusion d'un accord de défense entre l'Union européenne et l'OTAN.

Sur ces deux points, M. Chirac se montre optimiste. Tout en insistant sur le fait qu'on "ne peut pas importer des conflits dans l'Union européenne", ce qui signifie qu'il faudra que celui de Chypre soit réglé avant que la Turquie ne puisse prétendre rejoindre l'Union, il a "bon espoir" qu'un accord sur cette question, sur la base des propositions du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, puisse intervenir entre Chypriotes turcs et Chypriotes grecs "après" le sommet de Copenhague.

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Propositions franco-allemandes sur la défense

Souhaitant capitaliser sur la relance de leur coopération bilatérale, laquelle s'est manifestée sur les questions agricoles lors du récent sommet européen de Bruxelles, la France et l'Allemagne ont transmis, vendredi 22 novembre, à la Convention sur l'avenir de l'Europe, le texte de leurs propositions communes dans le domaine de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Ils souhaitent que celle-ci bénéficie d'un saut qualitatif sous la forme d'une "Union européenne de sécurité et de défense", qui serait institutionnalisée dans le prochain traité constitutionnel de l'Union. Pour y parvenir, ils prônent une plus grande flexibilité, dont l'instrument serait la "coopération renforcée" dans le domaine de la PESD, c'est-à-dire la possibilité pour quelques Etats de coopérer entre eux (notamment dans les domaines des capacités militaires et de la politique européenne de l'armement), quitte à être rejoints par d'autres. La Grande-Bretagne s'était opposée à cette disposition lors du sommet européen de Nice de décembre 2000. – (Corresp.)

     

 

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