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Les pays admissibles à l'Union s'engagent à rester studieux

Le Monde - 10/10/2002



Les pays déclarés admissibles par la Commission européenne pour entrer dans l'Union ont réfréné leur enthousiasme, mercredi, et se sont engagés à rester studieux pour être fin prêts à l'adhésion en 2004.
De Vilnius à Nicosie, en passant par Prague, Varsovie ou Bratislava, chefs de gouvernement ou ministres ont insisté, mercredi 9 octobre, sur la somme de travail qu'il restait à abattre avant d'appartenir à une nouvelle Europe à 25. "Ce n'est pas le moment de commencer à préparer les coupes de champagne", a résumé le premier ministre estonien, Siim Kallas, au cours d'un point de presse.


"Ce n'est pas la fin du voyage", a-t-il souligné.

Personne n'a voulu rivaliser de lyrisme avec le président de la Commission, Romano Prodi, qui a évoqué "une unité historique entre tous les peuples d'Europe", en présentant, mercredi, son rapport sur l'élargissement de l'Union, qui compte actuellement quinze membres.

Le premier ministre slovaque, Mikulas Dzurinda, a été l'un des rares à rappeler l'enjeu historique de la décision de la Commission, qui vise à effacer définitivement la séparation du continent en deux blocs hostiles au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. "La Slovaquie se trouve devant la porte d'une réunification d'une Europe divisée pendant une cinquantaine d'années". Sur les dix pays admissibles, huit sont issus de l'ancien bloc communiste - l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, la République tchèque - les deux autres étant Malte et Chypre.

Tous ont salué la décision, qui n'était plus une surprise, les conclusions du rapport ayant été distillées petit à petit depuis une semaine. Mais la plupart ont prévenu leur opinion publique, qui espère partager rapidement la prospérité de l'Union actuelle, que de nombreux efforts doivent encore être menés. "Cela ne veut pas dire que nous pouvons nous reposer", a déclaré le ministre lituanien des affaires étrangères, Antanas Valionis. "Nous aurons beaucoup à faire pour conclure avec succès les négociations.

FACE AUX CARENCES

Le négociateur en chef pour la Slovaquie, Jan Figel, a eu des mots à peu près similaires : "Notre préparation pour rejoindre l'UE ne s'achève pas maintenant avec la clôture du processus de négociation mais, au contraire, elle sera encore plus difficile", a-t-il averti. "Un travail énorme a été accompli pour améliorer le sort des Hongrois. Le travail doit cependant se poursuivre, les questions les plus délicates des négociations d'adhésion sont devant nous", a indiqué, de son côté, le chef de la diplomatie hongroise, Laszlo Kovacs.

A Chypre, admissible malgré la division persistante entre communautés grecque et turque, la tonalité est la même. "Je voudrais exprimer la satisfaction du gouvernement, bien que le moment de célébrer ne soit pas encore arrivé", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Michalis Papapetrou.

Car si la Commission a recommandé l'adhésion des dix pays prévue pour 2004, elle a détaillé un nombre important de carences : corruption assez généralisée, discrimination envers les Tsiganes, administration peu efficace et pas encore préparée aux futures institutions européennes.

Candidat le plus imposant avec ses 39 millions d'habitants, la Pologne a essuyé beaucoup de critiques. Elèves disciplinés, ses dirigeants ont accepté les mauvaises notes. Les critiques de Bruxelles "correspondent" aux préoccupations du gouvernement polonais, a commenté la ministre polonaise à l'intégration européenne, Danuta Huebner, en promettant de mettre en œuvre les mesures réclamées sur l'environnement ou la sécurité alimentaire.

Le chef de la diplomatie tchèque, Cyril Svoboda, a également accepté les critiques, qu'il juge "objectives". Il a indiqué que la coalition gouvernementale de centre gauche issue des élections de juin avait prévu de traiter progressivement les dossiers qui font l'objet des reproches.

En Slovénie, pays beaucoup plus proche du niveau des Quinze, le premier ministre, Janez Drnovsek, s'est surtout inquiété de la suite d'un processus d'élargissement. "A partir de maintenant notre adhésion dépend de facteurs sur lesquels nous ne pouvons pas influer", a indiqué M. Drnovsek en se référant au référendum sur le traité de Nice sur l'élargissement qui a lieu en Irlande le 19 octobre.

DÉCEPTION EN TURQUIE

La Turquie, quant à elle, a exprimé sa déception après la publication d'un rapport sur l'élargissement de l'Union européenne qui s'abstient de fixer une date pour l'ouverture de négociations d'adhésion avec Ankara. Et elle a indiqué qu'elle espérait toujours une décision favorable au sommet européen de Copenhague en décembre. "La Turquie n'a qu'un seul objectif : devenir un membre à part entière de l'UE. Le processus d'intégration de la Turquie est irréversible", a souligné le vice-premier ministre, Mesut Yilmaz, rejetant tout "statut spécial" que l'UE pourrait être tenté d'offrir à son pays.

Le ministre turc des affaires étrangères, Sukru Sina Gurel, a indiqué qu'un refus de l'UE de fixer, dès cette année, une date en 2003 pour l'ouverture de négociations porterait un coup sérieux aux relations entre Bruxelles et Ankara. Si la Turquie devait faire face à une nouvelle déception au sommet européen, les 12-13 décembre à Copenhague, cela "aura inévitablement un impact défavorable sur les autres aspects des relations entre la Turquie et l'UE, indépendamment de qui est au pouvoir en Turquie", a-t-il déclaré à la presse.

Dans son rapport sur l'élargissement de l'UE, adopté mercredi par la Commission européenne, Bruxelles salue les efforts "considérables" de la Turquie, candidate à l'UE depuis 1999, sur les droits humains, mais l'appelle à d'autres efforts. Estimant que les réformes démocratiques adoptées cet été à une large majorité par les députés turcs avaient "démontré la volonté inconditionnelle de la Turquie" d'intégrer l'UE, M. Yilmaz a estimé que celles-ci étaient "suffisantes" pour un feu vert des Quinze à une ouverture des négociations d'adhésion.

Avec AFP et Reuters

     

 

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