Gus Van Sant : une palme à bout portant Le Figaro - 26/05/2003 Clap de fin sur la 56e édition du plus grand festival de cinéma du monde. Un cru moyen compte tenu de la faiblesse ou de la qualité discutable de certains films sélectionnés. A cette édition un peu morose, le jury, présidé par Patrice Chéreau, a voulu donner un peu de relief, en se focalisant sur un petit nombre de films, jouer la carte de «l'heureux chagrin» pour reprendre la citation d'Isabelle Huppert. Il a voulu également favoriser les cinémas du Proche-Orient comme la Turquie et l'Iran. Pourquoi donner à Elephant, de Gus van Sant, la palme d'or et le prix de la mise en scène, ce qui constitue la «violation du règlement» demandée par le jury à la direction du festival et annoncée au début de la proclamation du palmarès par Patrice Chéreau? Pourquoi un tel enthousiasme pour une uvre certes forte mais qui ne mérite pas une telle redondance un film tourné en plans-séquences et qui montre de façon clinique la montée de la violence jusqu'à la tuerie dans un lycée américain? Résultat: un film ambitieux sur lequel tous les paris favorables convergeaient, Dogville, de Lars von Trier, est complètement écarté du palmarès. Idem pour Clint Eastwood et Mystic River ou encore pour Père et fils du Russe Alexandre Sokourov, déjà couronné, il est vrai, par le jury de la Fédération internationale de la presse cinématographique (Fipresci). Offrir le prix du jury à l'Iranienne Samira Makhmalbaf qui évoque l'Afghanistan post-talibans et le poids de l'obscurantisme, c'est donner beaucoup à un film politiquement correct, de dimension plus politique qu'artistique. De même, donner deux prix, celui de l'interprétation masculine à Muzaffer Ozdemir et Mehmet Emin Toprak (qui a trouvé la mort juste après le tournage) et celui du grand prix au film turc de Nuri Bilge Ceylan, Uzak, frise également la redite. Reste le prix d'interprétation féminine à Marie-Josée Croze, inoubliable comédienne des Invasions barbares de Denys Arcand. Elle dame le pion à Nicole Kidman, l'héroïne de Dogville, et à Charlotte Rampling, remarquable dans son rôle de romancière anglaise un peu coincée dans Swimming Pool, de François Ozon, qui repart bredouille comme tous les autres réalisateurs français. Mais ce prix d'interprétation permet au cinéaste canadien de se consoler avec le prix du scénario, bien en deçà de la qualité exceptionnelle du film, qui a fait l'unanimité chez les festivaliers. |