Avec "Elephant", l'Américain Gus Van Sant réalise un doublé à Cannes Le Monde - 25/05/2003 Malgré la présence de cinq films français sur les vingt candidats à la Palme d'or, dont les vétérans André Téchiné, Bertrand Blier et Claude Miller, et un jury présidé par le Français Patrice Chéreau, le cinéma hexagonal ne figure pas, une fois de plus, au palmarès de cette 56e édition du festival dévoilé dimanche 25 mai. Le palmarès complet En bravant le règlement officiel, qui prévoit qu'un film ne peut pas obtenir plus d'un prix (à moins que l'un des deux soit un prix d'interprétation), le jury de l'édition 2003 a décerné une double récompense à Elephant, film inspiré par la violence des jeunes aux Etats-Unis, notamment la tuerie du lycée de Columbine (déjà présente dans le documentaire de Michael Moore, Bowling for Columbine, primé à Cannes l'année dernière). La Turquie avec un nouveau venu, Nuri Bilge Ceylan, l'Iran avec la benjamine de la compétition, Samira Makhmalbaf (23 ans) et le Canada avec Denys Arcand et ses Invasions barbares, sont les autres vainqueurs d'un palmarès qui privilégie le cinéma d'auteur, mais parle aussi au cur. Malgré la présence de cinq films français sur les vingt candidats à la Palme d'or, dont les vétérans André Téchiné, Bertrand Blier et Claude Miller, aucun n'a trouvé grâce aux yeux du jury, qui aurait eu beaucoup de mal à établir son palmarès. Ainsi la malédiction du cinéma hexagonal, dont la dernière Palme remonte à Maurice Pialat et à son controversé Sous le soleil de Satan, primé en 1987, continue à peser. Thierry Frémaux, directeur artistique du festival, annonçait pourtant "une bonne année pour le cinéma français" en présentant sa sélection fin avril. Contre toute attente, le Danois Lars von Trier, qui avait fait sensation à mi-parcours avec Dogville, une parabole cruelle sur le bien et le mal avec Nicole Kidman, n'a pas réalisé de doublé, après la Palme d'or remportée il y a trois ans pour Dancer In The Dark avec la chanteuse Björk. Pas de récompense non plus pour Mystic River, le film policier crépusculaire de Clint Eastwood. En revanche, Les Invasions barbares du Québecois Denys Arcand se place deux fois au palmarès avec le prix du scénario et celui de la meilleure interprétation féminine pour la jeune actrice Marie-José Croze, qui dame ainsi le pion aux actrices phares de la sélection, Nicole Kidman, Charlotte Rampling, Emmanuelle Béart... Entre fous rires et larmes, les festivaliers avaient réservé un bon accueil à cette "Palme du cur", portrait de groupe et satire ironique de la société moderne qui réunit les mêmes personnages savoureux et truculents, dix-sept ans après Le Déclin de l'empire américain. Alors que cette 56e édition célébrait la "Première journée de l'Europe" en accueillant les ministres de la culture de la future Europe des 25, le cinéma européen brille aussi par son absence au palmarès. Le Turc Nuri Bilge Ceylan fait toutefois le lien entre Europe et Asie avec Uzak (Lointain), blues du Bosphore sur la solitude de l'homme dans Istanbul sous la neige. Vingt ans après son aîné et compatriote Yilmaz Guney, Palme d'or en 1982 avec Yol, ce cinéaste remporte le Grand prix du jury et le prix d'interprétation masculine pour ses acteurs non professionnels Muzaffer Ozdemir et Mehmet Emin Toprak, décédé au lendemain de la sélection du film dans un accident de voiture. Dans ce palmarès très masculin, la jeune Samira Makhmalbaf a dédié son prix du jury pour A cinq heures de l'après-midi "à toutes les femmes du monde". "C'est l'histoire d'une femme qui veut devenir présidente. Le président le plus puissant du monde, c'est George W. Bush. Alors je préfère rester réalisatrice", a déclaré la cinéaste qui a tourné son film dans l'Afghanistan après la chute des talibans. En remettant la Palme d'or, Isabelle Huppert a évoqué aussi "les malheurs du monde" et "des séismes qui ne peuvent s'effacer des mémoires", comme en Algérie aujourd'hui. "Le cinéma, a-t-elle dit, est aussi ce qui nous permet de survivre aux traumatismes". Le petit vagabond et star universelle, Charlot (Charlie Chaplin), dont le fauteuil est resté vide aux côtés de ses nombreux descendants, a ensuite baissé le rideau sur une copie restaurée des Temps modernes. Un film qui, au moins, a fait l'unanimité parmi les festivaliers plutôt déçus par une édition 2003 jugée "morose" et placée sous le signe de la mort. |