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ELECTIONS LEGISLATIVES ANTICIPEES 2002

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Les Kurdes de Turquie ont subi une nouvelle déception électorale


DIYARBAKIR (Turquie), 5 nov (AFP)
- La minorité kurde de Turquie, marquée par des années de conflit et de pauvreté, était mardi sous le coup d'une nouvelle déception électorale, le seul parti pro-kurde à se présenter n'ayant remporté aucun siège au parlement lors des élections législatives de dimanche.

"Je suis très triste. Une nouvelle fois, nous ne sommes pas représentés au parlement", a déclaré Yavuz Tokacli, 35 ans, ouvrier à Diyarbakir, principale ville de la région majoritairement kurde du sud-est de la Turquie.

Le DEHAP (Parti démocratique du peuple) a obtenu 56% des voix à Diyarbakir lors des élections de dimanche, et il est arrivé en tête dans douze autres provinces de l'est. Mais il n'a pas réussi à franchir au niveau national le seuil des 10% des voix requis pour obtenir des sièges au Parlement.

D'après les résultats officieux, le DEHAP a remporté 6,2% des voix au niveau national, alors qu'un autre parti kurde avait obtenu 4,7% des voix lors des élections précédentes en 1999.

"Nous avons été écartés à cause des défauts du système électoral", explique un paysan, Cabbar Kara, tout en soulignant les progrès enregistrés. "Nous avons progressé de près de 50%. C'est aussi un succès", a-t-il dit.

Les élections ont assuré une large victoire au Parti de la justice et du développement (AK), un mouvement aux racines islamiques. Le seul autre parti qui sera représenté au Parlement est l'inébranlable parti social démocrate Républicain du peuple (CHP) qui a recueilli 178 sièges.

Aucun parti pro-kurde n'a jamais réussi à totaliser à lui seul suffisamment de voix pour entrer au parlement en Turquie, un pays où les rebelles séparatistes kurdes ont mené pendant quinze ans (de 1984 à 1999) une lutte armée pour obtenir leur indépendance.

Un parti pro-kurde avait obtenu une représentation parlementaire au début des années 1990, mais uniquement après qu'une dizaine de ses candidats eurent obtenu des sièges en se présentant aux élections sur la liste d'un parti de gauche.

Les députés kurdes avaient ensuite été emprisonnés sous l'accusation d'avoir aidé des rebelles armés kurdes, et avaient été exclus de l'Assemblée.

Osman Baydemir, candidat du DEHAP à Diyarbakir, a contesté le seuil de 10% qui, a-t-il dit, "a été conçu pour empêcher l'entrée au parlement de partis comme le DEHAP".

Lors des élections de 1999 dans la région, les résultats avaient été entachés par les limites imposées aux candidats pro-kurdes durant la campagne électorale et les mesures d'intimidation qui avait été reprochées aux forces de sécurité.

Le principal groupe turc de défense de droits de l'Homme, l'Association des droits de l'Homme (IHD), a déclaré que ses comités d'observateurs avaient également fait état d'actes d'intimidation cette année, en particulier dans les zones rurales.

"Mais comparé à ce qui s'était produit en 1999, il s'agit là d'incidents très isolés, qui ne peuvent pas influencer le résultat. Les élections se sont déroulées dans un climat de modération", a déclaré à l'AFP le président de l'IHD, Husnu Ondul.

M. Baydemir et Dogan Erbas, candidat du DEHAP originaire d'Istanbul, ont tous deux déclaré que leurs pronostics les plus optimistes avant les élections étaient d'environ 8% des voix.

Plusieurs sondages avaient auparavant laissé supposer que le DEHAP pourrait remporter plus de 10% des voix, notamment grâce aux importantes communautés kurdes vivant dans les villes de l'ouest de l'Anatolie.

Les espoirs kurdes étaient encouragés par une série de réformes démocratiques entreprises par la Turquie pour appuyer sa candidature à l'Union européenne, dont la légalisation de l'utilisation de la langue kurde dans les médias et dans l'enseignement.

Le petit parti DEHAP a pu croire à une percée lorsque le principal mouvement pro-kurde, le HADEP (Parti populaire de la démocratie) s'est auto-dissous et a rallié le DEHAP.

Cette décision avait été prise par précaution alors que le HADEP, accusé de collusion avec le groupe rebelle PKK, craignait d'être interdit par décision de justice.
    

 

 

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