Depuis 2002, la Turquie pionnière avec l'AKP
Marc SEMO
Libération
- 27/01/2006
Ex-maire islamiste du Grand Istanbul, le Premier ministre
turc, Recep Tayyip Erdogan, préfère désormais se définir «libéral conservateur». Il
n'aime pas que l'on parle de «musulman démocrate» à propos de son parti, l'AKP (Parti
de la justice et du développement), qui a triomphé aux élections de 2002 avec près des
deux tiers des sièges, cristallisant aussi bien les espoirs des nouvelles classes
moyennes que ceux des déshérités des banlieues, «ces Turcs si pauvres dans un pays si
riche».
C'est pourtant un parti profondément imprégné des
valeurs de la religion qui, depuis trois ans et demi, gouverne la République laïque
fondée par Mustafa Kemal. Le groupe dirigeant de l'AKP s'est formé dans le Refah (Parti
de la prospérité), le vieux parti islamiste turc de Necmettin Erbakan, «stalinien dans
son organisation, populiste dans son verbe et islamiste dans son idéologie», selon la
formule du politologue Rusen Çakir.
Le Refah devient le premier parti en 1996, mais son
leader devenu Premier ministre est chassé un an plus tard du pouvoir sous la pression de
l'armée. Erdogan a appris la leçon : avant, il parlait de la démocratie comme d'un
«moyen» et dénonçait l'Europe comme «le club des croisés». Au pouvoir, il mise sur
l'adhésion à UE. Les réformes et la démocratisation menées sous la pression de
Bruxelles permettent à l'islam de conquérir plus d'espace et son engagement proeuropéen
lui a assuré le soutien des milieux industriels et des élites. |