Orhan Pamuk échappe au procès en Turquie
Marc SEMO
Libération
- 24/01/2006
L'écrivain ne sera pas poursuivi pour avoir évoqué les
massacres d'Arméniens en 1915
La justice turque a finalement renoncé à poursuivre le
célèbre romancier Orhan Pamuk, accusé «d'offense à la nation turque» pour avoir
évoqué les massacres d'Arméniens en 1915 dans une interview à un journal suisse.
Annoncée dès dimanche soir par l'avocat de l'écrivain, Haluk Inanici, cette décision
des juges a été aussitôt saluée à Bruxelles où le commissaire à l'Elargissement, le
Finlandais Olli Rehn, a déclaré que «c'est une bonne nouvelle pour la liberté
d'expression en Turquie». Les juges avaient auparavant estimé que c'était au
gouvernement de prendre une décision. Le ministre de la Justice, Cemil Cicek, avait
répondu vendredi en renvoyant la balle aux juges, ce qui était une manière de dire que
Pamuk ne devait pas être jugé.
Nouveau coup. Si tout finit bien pour l'auteur de Neige
et du Livre noir, la crédibilité réformiste et proeuropéenne du gouvernement de Recep
Tayyip Erdogan, issu du mouvement islamiste, en prend un nouveau coup, alors que les
négociations d'adhésion ont commencé le 4 octobre. Cherchant à ménager les secteurs
les plus nationalistes de l'opinion, le gouvernement n'a pas eu le courage de bloquer la
procédure ; en outre, la première audience du procès à Istanbul avait été marquée
par de nombreux incidents.
Liberticide. Le gouvernement est aussi mis en cause pour
avoir fait voter, en avril, un nouveau code pénal qui contient un certain nombre
d'articles liberticides, dont le 301, qui interdit d'«insulter, de mépriser ou de
rabaisser publiquement la "turquité", l'Etat, le gouvernement, l'armée et les
forces de sécurité turques» et prévoit jusqu'à trois ans de prison ferme. «Pamuk
n'est pas la seule personne poursuivie pour avoir exprimé une opinion non violente en
Turquie, il est simplement le cas le plus en vue», a ainsi rappelé Olli Rehn évoquant
les dizaines de journalistes, universitaires ou écrivains inculpés au nom du «301». |