La justice turque renvoie Ali Agça en prison Turquie
Le Figaro - 21/01/2006
La Cour de cassation a cassé hier la décision de
remettre en liberté l'homme qui avait tiré sur Jean-Paul II et assassiné un
journaliste.
DIX JOURS après avoir retrouvé la liberté, l'homme qui
avait tenté de tuer le Pape va devoir retourner en prison. La Cour de cassation turque a
en effet décidé hier de casser la décision d'un tribunal d'Istanbul de libérer Mehmet
Ali Agça. Il a été interpellé immédiatement après par la police dans la partie
asiatique de la ville. Âgé de 48 ans, cet ancien militant d'extrême droite s'était
rendu célèbre en tirant sur Jean-Paul II, le 13 mai 1981 place Saint-Pierre à Rome.
Arrêté, il passera près de vingt-cinq ans derrière les barreaux, dont dix-neuf ans en
Italie. Le 12 janvier dernier, Agça quittait la prison de Kartal à Istanbul. Quatre
jours auparavant, un tribunal de cette ville avait pris la décision de le libérer en
vertu d'une amnistie prononcée en 2002 et de diverses réductions de peine. Une
initiative qui a aussitôt créé la polémique en Turquie.Quelques heures après la
sortie de prison d'Agça, le ministre turc de la Justice, Cemil Cicek, n'avait pas
hésité à mettre en doute son bien-fondé. «Je ne dis pas que la libération était
erronée, mais je dis qu'il peut s'agir d'une erreur», avait affirmé le ministre qui a
ensuite saisi la Cour de cassation pour demander l'annulation de la décision. Son
prédécesseur, Hikmet Sami Turk, en fonction lorsque Agça avait été extradé d'Italie
en 2000, avait lui aussi dénoncé «une grave erreur» du point de vue légal, calculant
qu'il aurait dû être libéré en 2012 au plus tôt. De fait, au maquis du Code pénal
turc, compliqué par de fréquentes amnisties, s'ajoute apparemment une grossière erreur
de calcul dans le rendu de la décision du juge d'Istanbul sur le nombre d'années
purgées par Agça en Italie, donné comme vingt ans au lieu de dix-neuf ans et un mois.
Profond malaise dans le pays
«Le point critique est le nombre d'années qu'Agça a
passées en prison en Italie. Le juge dit vingt ans (...) Nous vérifierons le calcul.
S'il s'agit de dix-neuf ans et non de vingt, Agça devra retourner en prison», a
déclaré M. Cicek au quotidien Milliyet.
Outre ce débat juridique, la libération d'Agça a provoqué dans le pays un profond
malaise. Car l'homme à qui le Pape avait pardonné son geste après l'avoir rencontré
dans sa cellule romaine est aussi connu en Turquie pour le meurtre en 1979 d'un célèbre
journaliste libéral, Abdi Ipekiçi. Un crime pour lequel il a été condamné à mort par
contumace en 1980, après s'être évadé d'une prison d'Istanbul. Les souvenirs noirs de
cette époque de terreur, où militants d'extrême droite et d'extrême gauche se
battaient dans les rues, faisant des centaines de morts, n'ont pas disparu des mémoires.
Ses anciens «frères d'armes» du mouvement ultranationaliste des Loups gris s'étaient
réjouis publiquement de sa libération.
Après celle-ci, Agça aurait dû accomplir son service militaire, comme tout Turc âgé
d'au moins 18 ans, mais il a bénéficié d'une exemption qui a encore accentué le
trouble. Enfin, la presse a publié des extraits de lettres délirantes écrites par Agça
en prison, dans lesquelles il propose ses services pour tuer Ben Laden ou dit avoir
refusé une offre du Vatican de devenir cardinal, renforçant les doutes sur sa santé
mentale. |