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En Turquie, le virus se dévoile sous un autre jour

par Sylvie BRIET
Libération - 14/01/2006

 

Alors que trois personnes sont officiellement décédées de la grippe aviaire en Turquie, le virus H5N1 qui sévit dans ce pays a-t-il muté ? Les spécialistes en virologie du laboratoire de Mill Hill à Londres ­ laboratoire de référence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'Europe ­ ont découvert sur l'un des cas mortels qu'une mutation était intervenue qui serait a priori plus dangereuse pour l'homme. Le virus du cas turc se fixerait plus facilement sur les récepteurs des cellules humaines que sur les récepteurs des cellules des oiseaux. Etonnant au premier abord, la mutation n'est pas observée sur le deuxième cas analysé (le troisième ne l'a pas encore été) alors que les deux enfants, frère et soeur, sont bien morts du H5N1.

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Séquençage du virus. Mais cela ne surprend pas outre mesure les spécialistes : «Les virus sont extrêmement variables, explique Sylvie Van der Werf, chef de l'unité de génétique moléculaire des virus respiratoires à l'Institut Pasteur. Le virus se multiplie dans l'organisme et, selon les réactions de la personne, il peut évoluer différemment. Des mutations peuvent apparaître chez certaines personnes et pas chez d'autres. Il faut évidemment suivre attentivement ce type de mutation qui pourrait constituer un des éléments permettant une transmission interhumaine, mais ce n'est pas suffisant.» On ignore si cette mutation reste isolée ou si d'autres virus de Turquie en sont porteurs. Pour le moment, le virus ne se transmet toujours pas d'homme à homme et rien n'indique qu'il évolue en ce sens. D'autre part, cette mutation a déjà été observée sur le virus aviaire qui sévissait à Hongkong en 2003 et qui a provoqué la mort de deux personnes, mais s'est arrêté là. On l'a repérée aussi sur quelques cas au Vietnam en 2005. «Il faut rester très prudent, ce résultat provient d'un seul cas, nous ne pouvons dire si cela aura un impact. Les Britanniques poursuivent le séquençage du virus et attendent d'autres échantillons», explique le docteur Bernardus Ganter, conseiller à l'OMS pour les maladies transmissibles. Il est trop tôt pour conclure que le virus est devenu plus dangereux pour l'homme.

Réaction aux antiviraux. Certes, cette mutation aurait pu expliquer la brutale affluence de grippe aviaire chez les hommes en Turquie, pays où le contact entre les volailles et les humains est moins intense qu'en Asie du Sud-Est, mais on ne peut l'affirmer. Pour le moment, l'hypothèse la plus probable, selon les experts, reste que le virus était bien plus important chez les volailles qu'on ne le pensait avec nombre de provinces touchées et des populations qui n'en avaient pas conscience. Avec le froid, les poules sont rentrées dans les maisons, ce qui a également favorisé la transmission.

Bonne nouvelle : les experts de l'OMS ont également noté que la souche turque réagissait aux antiviraux présents sur le marché : l'oseltamivir (le Tamiflu) et l'amantadine. Plusieurs missions de l'OMS continuent leur travail sur le terrain en Turquie où 18 personnes au total, dont 16 enfants, sont contaminées.

 

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