Grippe aviaire : la situation s'aggrave en Turquie
où les scientifiques craignent une mutation du virus
Le Monde - 13/01/2006
La situation sanitaire de la Turquie, frappée par
l'épizootie de grippe aviaire, suscite de plus en plus d'inquiétude. Jeudi 12 novembre,
l'OMS et le laboratoire londonien de Mill Hill ont annoncé que le virus H5N1 ayant
infecté l'un des malades turcs décédés présentait une mutation similaire à celle des
virus isolés à Hongkong en 2003 et au Vietnam en 2005. A savoir que "les virus de
Hongkong en 2003 se fixaient plus volontiers sur les récepteurs des cellules humaines que
sur les récepteurs des cellules des oiseaux. Les chercheurs de Mill Hill pensent que le
virus turc va présenter les mêmes caractéristiques", a souligné l'OMS.
Une évolution qui incite les voisins de la Turquie à la
prudence. L'Iran, qui n'est pas touché pour l'instant par le virus, a ainsi décidé
jeudi d'abattre plus de 50 000 volailles dans la région bordant la frontière avec la
Turquie. La Russie a renforcé le contrôle médical des personnes arrivant de Turquie.
Les experts de l'Union européenne, réunis jeudi à Luxembourg, ont appelé à une
surveillance et une information renforcées autour de la Turquie. Les experts ont en
revanche estimé que les recommandations déjà faites aux voyageurs étaient suffisantes
et que de nouvelles mesures de protection contre la grippe aviaire dans l'UE n'étaient
pas nécessaires.
Jeudi, deux nouveaux décès liés au H5N1 ont été
annoncés, dont un en Turquie. Les tests pratiqués après la mort à Van, dans l'est du
pays, d'une fillette, le 6 janvier, ont confirmé que le virus était bien à l'origine de
son décès. Deux de ses frères et surs, habitant à Dogubeyazit, ont été les
premières victimes du virus en Turquie. Cela porte à 18 le nombre des personnes
infectées par le virus en Turquie depuis la fin décembre, et à 3 le nombre de celles
qui en sont mortes.
En Indonésie, une femme de 29 ans est décédée jeudi
dans un hôpital de Djakarta. La jeune femme avait contracté le virus au contact de
volailles mortes, selon les résultats de tests locaux. La grippe aviaire a été
officiellement à l'origine de onze décès en Indonésie et de probablement davantage au
vu de la collecte déficiente des données de santé publique au sein des six mille îles
habitées de l'archipel.
"LA MENACE D'UNE PANDÉMIE DE GRIPPE S'ACCROÎT"
"Comme le montrent les nouveaux cas humains en Turquie, la situation empire chaque
mois et la menace d'une pandémie de grippe s'accroît de jour en jour", a estimé le
directeur de l'OMS pour le Pacifique ouest, Shigeru Omi, lors d'une réunion des
représentants de 21 pays, jeudi, à Tokyo, sous l'égide de l'Organisation mondiale de la
santé (OMS). Les services sanitaires doivent accélérer les tests de détection de la
grippe aviaire et les gouvernements, stocker des médicaments pour limiter les
conséquences d'une éventuelle pandémie, ont insisté les experts internationaux réunis
à Tokyo.
Une conférence internationale doit réunir à Pékin,
les 17 et 18 janvier, des donateurs potentiels comme la Banque mondiale, la Banque
asiatique de développement (BAD), les Etats-Unis, l'Union européenne et le Japon.
Déjà, la Banque mondiale a entériné la création d'un fonds d'aide de 500 millions de
dollars destiné aux pays touchés par l'épizootie de grippe aviaire. Mais, à New York,
le haut responsable de l'ONU chargé de coordonner la lutte contre la grippe aviaire,
David Nabarro, a appelé les pays donateurs à verser environ 1,5 milliard de dollars à
l'occasion de la conférence de Pékin.
MANQUE DE MOYENS ET DE CONCERTATION
En France, le premier ministre, Dominique de Villepin,
doit présider, vendredi, une réunion gouvernementale consacrée aux mesures de
prévention contre la grippe aviaire. Plusieurs ministres participeront à cette réunion
: Dominique Perben (transports), Xavier Bertrand (santé), Dominique Bussereau
(agriculture), Jean-François Copé (budget) et Léon Bertrand (tourisme).
Une série de mesures ont déjà été prises en octobre
2005 par les autorités françaises, allant notamment du confinement des volailles dans
certains départements à l'interdiction de nourrir les animaux en plein air. M. Bertrand
a indiqué mercredi que la France avait commandé des millions de traitements antiviraux
supplémentaires, afin de faire face à toute situation d'urgence imprévue en cas de
pandémie de grippe d'origine aviaire.
Dominique Bussereau a déclaré jeudi que la France prenait "un maximum de
précautions" concernant la grippe aviaire. Il n'est pas exclu, au vu de la situation
en Turquie, d'étendre le confinement des volailles, a-t-il précisé sur i-télévision.
Mais la gestion de la crise par le gouvernement est critiquée par certains, les médecins
libéraux et hospitaliers dénonçant dans la préparation de ce plan le manque de moyens
et de concertation de la part des pouvoirs publics. |