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Ali Agça, l'homme qui tenta d'assassiner le pape, sort de prison

Guillaume Perrier
Le Monde - 11/01/2006

 

Son avocat l'a annoncé, tout sourire : Mehmet Ali Agça, l'homme qui avait tiré sur le pape Jean Paul II en 1981, sortira de sa prison d'Istanbul jeudi 12 janvier. "Je réclamais sa remise en liberté depuis mars 2005", soupire Mustafa Demirbag. "Lorsque je lui ai annoncé la nouvelle, mon client a juste déclaré qu'il était très heureux et qu'il remerciait les institutions judiciaires turques", a ajouté l'avocat. L'annonce de sa libération anticipée par un tribunal turc a été rendue publique dimanche 8 janvier au soir.

Benoît XVI dénonce le fanatisme religieux

Pour son premier discours au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège — 174 ambassadeurs reçus, lundi 9 janvier, au Vatican —, Benoît XVI s'en est pris au "terrorisme organisé". "Aucune circonstance, a-t-il affirmé, ne peut justifier cette activité criminelle qui couvre d'infamie celui qui l'accomplit, qui est d'autant plus blâmable qu'elle se pare du bouclier d'une religion, rabaissant ainsi au niveau de son aveuglement et de sa perversion morale la pure vérité de Dieu." Pour le pape, respect de la "justice", de la "liberté", "pardon et réconciliation" sont les mots-clés de la résolution des conflits. Benoît XVI a réclamé "justice" pour l'Etat d'Israël "qui doit pouvoir exister pacifiquement" et pour le peuple palestinien "qui doit pouvoir développer sereinement ses institutions démocratiques pour un avenir libre et prospère". A propos du "pardon", Benoît XVI a rappelé que son prédécesseur avait fait "repentance" pour les "graves erreurs accomplies (par l'Eglise)". Il a souhaité que le pardon et la réconciliation l'emportent au Proche-Orient, en Irak, dans l'Afrique des Grands Lacs et au Darfour : "Le sang versé ne crie pas vengeance", a-t-il déclaré.

Cette liberté retrouvée est un beau cadeau d'anniversaire pour Mehmet Ali Agça, qui a fêté ses 48 ans lundi. Ce militant turc ultranationaliste — qui a passé la moitié de sa vie en prison — a d'abord été condamné à perpétuité en Italie. Il avait tenté d'assassiner Jean Paul II, le 13 mai 1981, sur la place Saint-Pierre de Rome, à l'aide d'une arme à feu, blessant grièvement le pape à l'abdomen. Karol Wojtyla était venu le rencontrer dans sa cellule, le 27 décembre 1983. Une visite papale en forme de pardon. Mais les mobiles de l'attentat n'ont jamais été élucidés.

En juin 2000, le président de la République italien, Carlo Azeglio Ciampi, avait gracié le fanatique turc à la demande de Jean Paul II. Extradé vers son pays natal qui le réclamait, Ali Agça était directement retourné en prison. La Turquie lui reprochait deux attaques à main armée commises à Istanbul dans les années 1970 et surtout l'assassinat, en 1979, d'Abdi Ipekçi, directeur du quotidien turc de centre gauche Milliyet. Cet acte lui avait valu d'être condamné à mort par contumace. A son retour à Istanbul, la justice turque, ayant aboli la peine de mort, avait commué sa peine en détention à perpétuité. Une amnistie partielle et des réductions de peine lui permettent à présent d'être libéré par anticipation.

L'ex-militant d'extrême-droite a encore des admirateurs dans son pays. "Depuis son retour, il a reçu un millier de messages de soutien", assure son avocat. Ali Agça est devenu un symbole chez les nostalgiques des Loups gris. Cette milice ultranationaliste liée à la mafia, et à laquelle appartenait le jeune Ali Agça, avait mené une lutte sanglante contre les militants d'extrême-gauche turcs et kurdes dans les années 1970. Attentats et règlements de comptes étaient alors le lot quotidien du pays. Les opposants à la libération d'Ali Agça considèrent que l'ancien homme de main des Loups gris reste dangereux. Tour à tour manipulateur ou mythomane, il a souvent fait parler de lui depuis le fond de sa cellule.

En avril 2005, il avait sollicité une autorisation de sortie pour assister aux obsèques de Jean Paul II à Rome. La permission lui avait été refusée. Il avait alors déclaré qu'il portait "le deuil de son frère spirituel" dans sa cellule. Se prétendant le "second Messie", il avait également proposé ses services à l'acteur et réalisateur Mel Gibson qui préparait un scénario sur la vie du pape. Il avait enfin invité Dan Brown, l'auteur du Da Vinci Code, à écrire avec lui la suite de son best-seller mondial.

En apprenant la libération prochaine d'Ali Agça, l'ancien secrétaire particulier de Jean Paul II et nouvel archevêque de Cracovie, Mgr Stanislaw Dziwisz, qui avait soutenu le pape blessé lors de l'attentat, a déclaré que "le Saint-Père prie pour lui du haut des cieux".

 

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