La grippe aviaire progresse vite en Turquie
Jean-Yves Nau
Le
Monde - 10/01/2006
L'épizootie de grippe aviaire progresse aujourd'hui en
Turquie, un pays où, après la mort de deux enfants la semaine dernière, le nombre des
cas de la forme humaine de la maladie ne cesse d'augmenter. Les responsables des
institutions internationales chargés de la santé humaine et vétérinaire ne cachent
plus leurs inquiétudes devant l'évolution de cette situation, tandis que le gouvernement
d'Ankara est accusé d'incurie par la presse turque. Dans la soirée du dimanche 8
janvier, le ministre turc de la santé a révélé que cinq nouvelles personnes avaient
été contaminées par le virus grippal de sous-type H5N1 responsable de l'actuelle
épizootie de grippe aviaire.
Le bilan officiel fait donc désormais état de neuf cas
confirmés, mais plusieurs autres sources laissaient entendre que près de quarante
personnes seraient d'ores et déjà infectées en Turquie. Les malades turcs étaient
jusqu'à présent pris en charge à l'hôpital de Van, dans l'est du pays, à proximité
de la frontière iranienne. Plusieurs d'entre eux sont aujourd'hui hospitalisés à
Ankara. Le laboratoire britannique de référence de l'OMS pour les virus grippaux a, le 6
janvier, pu établir que le décès des deux jeunes enfants d'une même famille de la
région de Van était bien la conséquence d'une infection par le virus H5N1. On n'avait,
depuis deux ans, recensé que 150 cas de contaminations humaines dans la dizaine de pays
asiatiques où l'épizootie sévit sur un mode endémique. Neuf foyers épizootiques ont
depuis peu été confirmés dans six provinces turques et onze sont en cours de
confirmation. "Les experts que nous avons, tout comme la FAO, l'OMS et la Commission
européenne, dépêchés en Turquie pour, en urgence, procéder à une analyse de la
situation sont aujourd'hui confrontés à une série de difficultés dues notamment aux
actuelles conditions météorologiques de la région concernée, précise Bernard Vallat,
directeur général de l'Office international des épizooties. Pour autant, il importe de
préciser que rien, en l'état actuel des données dont nous disposons, ne permet de
penser que le virus aviaire aurait acquis les caractéristiques lui permettant de se
transmettre d'homme à homme. Il est vrai que l'on ne peut manquer d'être surpris par le
nombre des contaminations humaines, dont certaines intrafamiliales, observées depuis peu
dans l'est de la Turquie. Mais nous n'avons, sur tout cela, aucune certitude."
OISEAUX MIGRATEURS
Selon Bernard Vallat, les analyses de virologie
moléculaire conduites ces derniers jours au sein du laboratoire britannique de Weybridge
unité de référence de l'OMS pour les virus de la grippe ont permis
d'établir que le virus, désormais présent dans l'est de la Turquie, n'était pas un
inconnu : son patrimoine génétique est pour plus de 99 % identique à celui qui avait
été isolé il y a plus d'un an dans la réserve naturelle de Qinghai, dans l'ouest de la
Chine.
Ce résultat plaide clairement en faveur de l'hypothèse
toujours contestée de la dissémination internationale du virus aviaire
H5N1 via les oiseaux migrateurs. En revanche, il n'explique nullement la dynamique
épidémiologique qui est aujourd'hui rapportée aux frontières de la Turquie et de
l'Iran. Les observateurs internationaux font valoir que les services vétérinaires turcs
sont, pour des raisons politiques notamment, beaucoup moins présents dans cette région
que dans l'ouest du pays. |