La Turquie fait désormais état de quatorze cas humains de grippe aviaire
Le
Monde - 09/01/2006
Cinq nouvelles personnes ont contracté la grippe aviaire
en Turquie, selon les résultats de tests, a annoncé, lundi 9 janvier, un responsable du
ministère de la santé à l'agence Anatolie, ce qui porte à 14 le nombre total de
personnes contaminées, dont les deux adolescents décédés la semaine dernière dans
l'Est, près de la frontière iranienne. Quatre des nouveaux cas recensés sont
originaires du nord du pays, des provinces de Samsun, Kastamonu et Corum, tandis que le
cinquième vient de Van, dans l'Est, où plusieurs cas ont déjà été signalés, a
précisé ce responsable, Turan Buzgan. Il n'a pas indiqué si le virus en cause était le
H5N1, forme la plus dangereuse du virus, qui a déjà tué officiellement 76 personnes,
essentiellement en Asie.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a dépêché
une équipe d'experts dans la région la plus touchée pour étudier les mesures prises et
le risque de transmission du virus d'homme à homme, après l'annonce, dimanche, de cinq
nouvelles personnes au moins testées positives au H5N1, sur un total de 28 testées.
Le gouverneur d'Ankara avait précisé que trois des
personnes infectées étaient hospitalisées dans la capitale : l'une est un homme de 60
ans qui élevait des poulets dans la banlieue, les deux autres sont des enfants, qui n'ont
pas encore développés la maladie. Originaires de Beypazari, à 100 km au nord-ouest
d'Ankara, ils auraient touché des gants utilisés par leur père pour amener aux
autorités les cadavres de deux canards sauvages, lesquels sont morts de la grippe
aviaire, selon des médecins.
Les deux dernières personnes contaminées sont également des enfants, hospitalisés à
Van, dans l'Est. Ils sont originaires de Dogubeyazit, près de la frontière iranienne,
village dont trois enfants d'une même famille sont morts la semaine dernière deux
ont été testés positifs à la grippe aviaire, mais les tests n'ont pas été concluants
pour le troisième.
PROGRESSION VERS L'OUEST
Alors que les seuls cas mortels chez l'homme ont été pour l'instant enregistrés à
l'extrémité orientale de la Turquie, de nouveaux cas chez des volailles indiquent une
progression vers l'ouest.
Le virus a été identifié, dimanche, dans des poulets
morts à Istanbul, confirmant la progression vers l'ouest de la maladie, annonce-t-on de
source officielle mais un dernier examen est en cours pour un diagnostic
définitif. Et la presse turque indiquait lundi matin que vingt-et-une personnes ont été
hospitalisées dans cette ville de 12 millions d'habitants, pour des symptômes évoquant
la grippe aviaire. Des tests ont été pratiqués et les résultats étaient attendus dans
la journée, selon le quotidien Milliyet.
Des tests sur des poulets morts dans deux villages de la province de Zonguldak, au bord de
la mer Noire et à 1 200 km à l'ouest des régions les plus affectées, y ont révélé
la présence du virus, a déclaré le gouverneur de Zonguldak, Yavuz Erkmen. "Aucune
personne n'a été infectée" par la maladie, a-t-il remarqué.
Gijkhan Sijzer, gouverneur de la province de Yozgat, à
environ 200 km à l'est d'Ankara, a lui aussi fait état du virus dans un village et de la
possibilité d'infection de volailles dans trois autres localités.
A Telceker, tout près de l'Iran, on a pu voir des gens
jeter des poulets morts dans les ruisseaux ou les enterrer dans des sacs en plastique.
"Parfois les chiens déterrent les poulets et les corbeaux viennent ensuite les
manger", a déclaré à l'AFP Murat Ozer, 12 ans. Son voisin, Gogey, a mis son
dernier poulet dans un sac en plastique et l'a enterré dans un puits. Il s'est plaint de
l'absence de tout vétérinaire ou autre responsable à Telceker où les poulets
continuent à mourir.
Des journaux ont publié des images d'enfants en train de
jeter en l'air des poulets morts ou de nettoyer des poulets morts les mains nues dans des
marchés de volailles qui sont pourtant officiellement interdits désormais.
INQUIÉTUDE DES PAYS FRONTALIERS
L'aggravation de la situation en Turquie a provoqué l'inquiétude d'autres pays.
Le ministre de l'agriculture roumain, Gheorghe Flutur, a
lancé un appel au calme et convoqué une réunion d'urgence.
Des responsables de différents ministères ainsi que des experts en migration des oiseaux
devaient se retrouver dimanche soir pour étudier la situation en Turquie et les risques
pour la Roumanie où aucun cas humain de grippe aviaire n'a été détecté.
En Iran, le ministère de la santé a demandé aux
Iraniens d'éviter de se rendre en Turquie. Les douanes ont rappelé qu'il n'y avait plus
d'importation de volailles turques depuis mars. Au moins un des postes frontières entre
les deux pays a été fermé par les Iraniens, ont indiqué des responsables turcs locaux
à l'agence Anatolie.
De son côté, l'OMS a demandé à la Russie d'envoyer
des spécialistes en Turquie. L'OMS cherche à rassurer sur les risques d'une vaste
épidémie chez l'homme. "Le potentiel de danger pour l'homme n'a pas changé",
a estimé le coordonnateur de son programme mondial de lutte contre la grippe, l'Allemand
Klaus Stijhr. Il n'y a pas de nouveaux indices indiquant que le virus pourrait être
transmis d'homme à homme et la propagation de la maladie pourrait s'expliquer par des
mesures de protection insuffisantes en Turquie. Il estime qu'une cinquantaine de personnes
pourraient y être atteintes en tout.
L'OMS craint depuis longtemps que le virus H5N1 ne mute
pour devenir facilement transmissible d'homme à homme et ne provoque une pandémie qui
pourrait faire des millions de morts dans le monde. |