Ali Agça va être libéré à Istanbul Turquie
Le Figaro - 09/01/2006
Un tribunal d'Istanbul a autorisé hier la libération la
semaine prochaine de l'homme qui avait tenté d'assassiner le pape Jean-Paul II.
FEU LE PAPE Jean-Paul II lui avait accordé son pardon et
le président italien, sa grâce. Hier soir, c'est un tribunal turc qui a autorisé la
libération, la semaine prochaine, de Mehmet Ali Agça, l'homme qui avait tenté en 1981
d'assassiner Jean-Paul II. Le tribunal a approuvé un document de la prison d'Istanbul,
où Agça est enfermé, qui indique que le détenu a accompli sa peine. Agça, 48 ans,
devrait être libéré entre demain et dimanche.
Le 13 mai 1981 sur la place Saint-Pierre à Rome, Mehmet Ali Agça, militant
ultranationaliste alors âgé de 23 ans, avait ouvert le feu sur le Souverain Pontife, qui
se rendait à une audience à bord d'une voiture découverte. Le Pape avait été
grièvement blessé à l'abdomen. Agça a passé dix-neuf ans dans les prisons italiennes.
Rétabli, Jean-Paul II avait rencontré son agresseur
dans sa prison et lui avait accordé son pardon. Jusqu'à sa mort, le Pape a gardé le
contact avec la famille d'Agça. Il a notamment rencontré sa mère et son frère.
Jean-Paul II avait écrit lui-même au président de la République italienne, Carlo
Azeglio Ciampi, pour lui demander un geste de clémence envers celui qui avait tenté de
l'assassiner.
Un mystère jamais élucidé
Le motif et les commanditaires de l'assassinat manqué
restent un mystère. Une implication des services secrets bulgares et soviétiques a été
avancée, mais jamais définitivement prouvée. Agça lui même a donné des indications
contradictoires sur son rôle dans l'attentat, modifiant fréquemment sa version et
contraignant les enquêteurs à ouvrir des dizaines d'enquêtes. Beaucoup le considèrent
comme psychiquement perturbé. D'autres estiment que c'est un manipulateur qui joue les
malades mentaux.
Extradé vers la Turquie en 2000, Agça a été incarcéré à son arrivée pour purger
deux peines auxquelles il avait été condamné par la justice turque, l'une pour une
attaque de banque commise dans les années 70 et l'autre pour le meurtre du directeur de
publication du quotidien Milliyet, en 1979. En 2002, le président de la République,
Ahmet Necdet Sezer, avait mis son veto à la loi d'amnistie qui aurait permis d'annuler sa
condamnation à la perpétuité (peine réduite par la suite à dix ans d'emprisonnement)
pour ce meurtre.
Lors de la mort de Jean-Paul II, en avril 2005, Agça avait fait savoir qu'il partageait
le deuil des catholiques et qu'il souhaitait se rendre à Rome pour assister aux
funérailles de celui qu'il appelait son «frère spirituel».
Après avoir essuyé le refus des autorités turques, il avait demandé à Dan Brown,
l'auteur du best-seller Da Vinci Code, de venir le voir à Istanbul pour qu'il l'aide à
écrire son livre sur l'attentat manqué. «Des résultats bénéfiques pour toute
l'humanité peuvent sortir de cette rencontre», avait affirmé le prisonnier, précisant
que le roman pourrait s'intituler Le Code du Vatican.
A l'annonce de cette libération, le Saint-Siège a indiqué hier soir «s'en remettre à
la décision du tribunal compétent». Le porte-parole du Vatican, Joaquim Navarro-Valls,
a souligné, dans un bref communiqué, que «le Saint-Siège, face à un problème de
nature judiciaire, s'en remet aux décisions des tribunaux compétents en ces domaines»,
avant de préciser que le Vatican n'avait appris la nouvelle que par les informations des
agences de presse. |