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La grippe aviaire fait un troisième mort en Turquie Jean-Michel Bader

Le Figaro - 06/01/2006

 

Une troisième personne, la soeur des deux premières victimes, est décédée vendredi matin à l'hôpital de Van, à l'est du pays, des suites de la forme humaine de la grippe aviaire, ont annoncé ses médecins. Une dizaine de personnes sont hospitalisées.

DOUZE CAS suspects non confirmés de grippe aviaire humaine ont été découverts dans deux villages distants de cent kilomètres : six personnes à Aralik, aux confins des frontières arménienne et iranienne et cinq personnes originaires de Dogubeyazit ont été hospitalisées à l'hôpital de Van en Anatolie. Information démentie par les autorités du village. Un adolescent de 14 ans, Mehmet Ali Kocyigit, et sa soeur de 15 ans, Fatma, sont décédés en soins intensifs à l'hôpital de Van, respectivement dimanche et jeudi. Le laboratoire national de référence d'Ankara et les autorités vétérinaires turques ont envoyé deux séries d'échantillons pour confirmation en Grande-Bretagne.

La situation semble confuse en Anatolie où deux villages sont soudain au centre des préoccupations sanitaires européennes. En effet, douze personnes sont hospitalisées depuis hier dans les hôpitaux de la région avec des signes suspects de grippe grave dont les symptômes (hémorragies pulmonaires) sont caractéristiques de la maladie animale. Dans leur village de Dogubeyazit et dans le village d'Aralik à 100 km de distance, d'où sont originaires six personnes hospitalisées hier avec des symptômes grippaux, des centaines d'oiseaux domestiques sont morts.

Nouveau foyer

Le docteur Nihat Pakdil, directeur général du service de protection animale d'Ankara, a notifié à l'Organisation mondiale de la santé animale, le 27 novembre 2005, un nouveau foyer de grippe aviaire due à un virus de sous-type H5 (il s'agit de la protéine Hémagglutinine à la surface du virus) dans le village de Köprüler, précisément dans la région administrative d'Aralik. 1 200 canards, poulets, oies et dindes y sont morts de la peste aviaire depuis le 15 décembre.

Dans un premier temps, lundi 2 janvier, Turan Buzgan (ministère de la Santé) avait annoncé que le jeune garçon, Mehmet Ali Kocyigit, hospitalisé samedi, comme trois autres membres de sa famille après un abattage de volailles domestiques et un repas à base de poulet pris en commun, n'était pas mort de la grippe aviaire «ni d'aucun autre virus de grippe». Les membres de la famille avaient tous une fièvre très élevée, une toux et des hémorragies du tractus respiratoire. Finalement, mardi, le ministre de la Santé, Recep Akdag, reconnaissait que le jeune adolescent était parmi «les deux cas confirmés positifs par le laboratoire» national de référence d'Ankara. D'autres membres de la famille ont été soumis à une batterie de tests tous négatifs.

Les résultats positifs pour les cas humains mortels, confirmés par le laboratoire d'Ankara, étaient qualifiés diplomatiquement hier, par la Direction générale de la santé française, de résultats «n'ayant pas une fiabilité acquise». Mais si Ankara a bien établi, grâce à l'amplification génique par PCR, qu'il s'agit d'un virus H5, étant donné la positivité d'oiseaux domestiques du village au H5N1, il ne peut y avoir de doute qu'il s'agit aussi du même virus redouté chez les jeunes Turcs décédés. Et le tableau clinique gravissime renforce aussi le diagnostic.

Toujours est-il que deux séries d'échantillons ont été envoyés pour confirmation dans des laboratoires de référence européens de l'Organisation mondiale de la santé : les échantillons prélevés sur les oiseaux morts ont été envoyés au laboratoire vétérinaire de Weybridge (Surrey) et les échantillons humains à deux laboratoires de la Health Protection Agency britannique à Colindale (Londres). Ils devaient arriver hier soir à Londres et ce matin à Weybridge.

Mission d'experts

Ces échantillons vont être injectés à des poulets pour déterminer leur caractère hautement ou faiblement pathogène (on compte les poulets morts), et leurs caractéristiques génétiques. Seulement alors pourra-t-on, en comparant les séquences des gènes de virus isolés des animaux et des cas humains, dire s'il s'agit du H5N1 et de quel variant (par rapport à la souche Hongkong de 1997).

Le centre européen de prévention et de contrôle des maladies, opérationnel depuis mai 2005 a immédiatement envoyé hier, sur zone, une mission d'experts : une épidémiologiste (Carmen Valeira), un expert de l'Union européenne, et un autre du centre OMS de Copenhague. Ils tâcheront, sur place, de comprendre comment les villageois ont pu être contaminés : promiscuité simple avec des oiseaux domestiques infectés ? contamination lors de l'abattage ou du plumage sans précaution d'oiseaux morts ? ou lors de la préparation de la viande ?

 

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