La Turquie marque contre son camp Luc HILLY Libération - 18/11/2005 Après les incidents d'Istanbul, le pays pourrait être exclu de la Coupe du monde 2010. Les footballeurs turcs se retrouvent dans l'enfer qu'ils avaient promis aux Suisses. Après les débordements et les violences survenus à l'issue du match de qualification pour la Coupe du monde qui opposait les deux équipes, mercredi soir à Istanbul, la Turquie risque de payer au prix fort son nationalisme footballistique. Le onze helvétique, après avoir arraché in extremis sa qualification (à l'avantage des buts marqués à l'extérieur) malgré une défaite 4-2, s'est retrouvé pris à partie dans les vestiaires, épilogue de troubles à répétition survenus dès son arrivée sur le sol stambouliote. Rendu «fou furieux» par les événements, le président de la Fifa Fédération internationale de football , Sepp Blatter, a ordonné hier une enquête et affirmé que des sanctions seront prises, pouvant aller jusqu'à l'exclusion de la Turquie des qualifications du Mondial 2010. Un incident qui fait tache dans le décor de la demande turque d'adhésion à l'Union européenne. Vexations. Au vu des événements, la dureté du patron de la Fifa, de nationalité suisse, est logique. Avant de s'en prendre physiquement à l'équipe suisse, les Turcs avaient enchaîné depuis mardi les vexations et les pressions. Contrôle administratif poussé des joueurs helvétiques à l'aéroport, retard dans la livraison de leurs bagages, cordon de fans ulcérés autour de leur hôtel... Jusqu'au match où l'ire du public s'est déchaînée, après que l'arbitre a accordé aux Suisses un penalty dès la deuxième minute. «On s'est précipités dans les vestiaires dès le coup de sifflet final car nous savions tous que ça déraperait», a raconté à son retour à Zürich le joueur suisse Stéphane Grichting, blessé aux testicules après un coup. Les Turcs, eux, accusent un joueur suisse, Benjamin Hugel, d'avoir démarré les hostilités. Mais la vérification est impossible car le staff turc ainsi que les policiers, ont empêché les caméras de filmer. Pour les Helvètes, l'intervention de la Fifa est survenue trop tard. «On savait, dès notre arrivée à l'aéroport, que ce public voulait notre peau. La Fifa aurait dû donner de la voix plus tôt», déplore un cadre technique suisse. A Zürich, où un millier de fans s'étaient rassemblés pour accueillir leur équipe qualifiée pour la première fois depuis le Mondial 1994, le sentiment d'agression était vif parmi la foule : «Il y a des équipes qui jouent au foot et d'autres qui distillent la haine, explique Frédéric, étudiant en droit. La Turquie est dans le camp de la haine.» Sanctions. Au nom de la Fifa, Sepp Blatter a déclaré hier matin en conférence de presse : «Quelque chose ne fonctionne pas dans le football. Je n'ai encore rien vu de pareil.» La question, maintenant, est de savoir quelles sanctions tomberont. Car il ne fait guère de doute que la Turquie va payer. Si les Suisses, tout à leur victoire, n'ont pas réclamé de punition particulière, les autorités helvétiques s'inquiètent pour leur Euro 2008, organisé conjointement avec l'Autriche. La présence en Suisse alémanique d'une forte communauté turque est aussi devenue un sujet sensible. Bien que plusieurs représentants de cette communauté aient présenté des excuses, des associations de fans commencent à y voir une redoutable «cinquième colonne». Hymne sifflé. La Fédération turque, de son côté, attend le résultat de l'enquête. «N'oublions pas que les incidents ont débuté en Suisse», a précisé son président Sekip Mosturoglu, faisant référence à l'hymne national turc sifflé à Berne. Selon lui, deux agents turcs auraient aussi été blessés en Suisse, sans qu'aucune plainte n'ait été déposée après le match. La Fifa a promis de publier les résultats de son investigation le 9 décembre, date du tirage au sort de la Coupe du monde 2006 à Leipzig. |