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Al Qaida frappe Istanbul et... Londres

Hoda Saliby-Yehia
Courrier International - 21/11/2003

 

Pour la deuxième fois en une semaine, Istanbul a été le théâtre d'attentats horribles. Cette fois-ci, des intérêts britanniques étaient visés. Le réseau Al Qaida a revendiqué ces attaques qui ont plongé la ville dans le chaos et la peur.

"Le 11 septembre d'Istanbul", titre le Turkish Daily News. "Des explosions similaires à celles qui ont eu lieu le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, ont frappé, jeudi 20 novembre 2003, le siège local de la banque londonienne HSBC et le consulat général de la Grande-Bretagne, tuant au moins 26 personnes, dont le consul général Roger Short et trois autres employés britanniques, et blessant plus de 450 personnes. Ces explosions arrivent cinq jours après la double attaque contre des synagogues", poursuit le quotidien.

"Terreur au consulat", "la peur prend forme et devient une réalité avec l'attentat d'Al Qaida qui cible les intérêts britanniques", "des Britanniques morts dans le carnage d'Al Qaida" : la presse anglaise ne cache pas son désarroi, et les quotidiens affichent en première page des images faites de ruines et de désolation. The Daily Telegraph rappelle les craintes exprimées par le consul Roger Short qui avait récemment confié au quotidien britannique ses "réserves à l'égard du gouvernement islamique en Turquie. Ce dernier n'a pas su prendre suffisamment de distance pour s'éloigner de ses racines fondamentalistes et ne fait pas assez pour décourager les extrémistes. L'avenir nous dira dans quelle mesure le parti au pouvoir respecte la laïcité et souhaite se rapprocher de l'Occident et de l'Union européenne."

"C'est une leçon pour le gouvernement turc et le ministre de l'Intérieur qui devraient se pencher plus sérieusement sur la situation", estime pour sa part le Turkish Daily News. Cette fois-ci, ce ne sont pas les militants kurdes ou d'autres groupuscules locaux qui défient l'autorité du pays, poursuit le quotidien, "c'est une organisation terroriste internationale qui a choisi la Turquie comme champ de bataille contre le Royaume-Uni et probablement contre les Etats-Unis." Pour relever ce défi, le gouvernement doit rassembler tous les moyens dont il dispose et cordonner ses services de renseignement et de sécurité, y compris ceux des militaires. "Mais la Turquie a besoin d'aide. Al Qaida utilise des moyens sophistiqués et pour lui faire face, il faut disposer des mêmes moyens. Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël ont la possibilité de nous fournir cette aide. Leur coopération est vitale." Les pays de l'Union européenne sont également sollicités pour soutenir la Turquie, dont la population est à majorité musulmane et qui est "punie pour son combat contre Al Qaida, pour son refus des régimes du type taliban et pour avoir choisi un régime démocratique qui partage les valeurs occidentales".

Côté anglais, Robert Fisk estime, dans The Independent que la Grande-Bretagne "paie le prix de son alliance avec George W. Bush dans sa guerre contre le terrorisme et dans son projet infantile de remodeler le Moyen-Orient dans le respect des intérêts d'Israël. Voici le coût humain de l'alliance entre Tony Blair et l'administration Bush. C'est la vérité brutale, mais elle va s'attirer les critiques habituelles : ce genre de constat fait l'affaire des terroristes. C'est leur propagande." Mais Fisk considère qu'il vaut mieux essayer de comprendre "ceux contre qui nous sommes allés en guerre", au lieu de les imaginer vivant dans des grottes et coupés du reste du monde. Car ce n'est pas le cas, ils sont au courant "de la visite de Bush et des manifestations qui l'attendaient à Londres, et ils ont réussi à détourner l'attention de tout cet étalage de gros bonnets en attaquant le Royaume-Uni sur le sol de la Turquie. Qui se soucie encore de Bush quand des Anglais sont étendus morts dans leur consulat à Istanbul ? Jusqu'à quand allons-nous persister à mal percevoir ce que nous faisons et ce qui nous attend ?"

"Qui sème le vent récolte la tempête", titre pour sa part The Guardian, qui est également sceptique quant à la politique menée par le Premier ministre britannique : "George Bush et Tony Blair ont affiché hier (jeudi 20 novembre) leur union et leur détermination à vaincre les forces du mal. Le président américain a encore affirmé que le combat contre Al Qaida et ses alliés est en train d'être gagné. Mais, le sang et les ruines qui s'étalent à Istanbul, pour la deuxième fois en une semaine, disent autre chose." Le quotidien relève que depuis le 11 septembre 2001, Bush et Blair ont commis plusieurs erreurs. "Il est temps de remanier radicalement notre stratégie. Il n'est pas question de se rendre ou de se soumettre face à la barbarie. Mais il est urgent d'avoir une approche plus intelligente et moins conflictuelle pour gérer cette crise globale qui s'intensifie."

The Daily Telegraph s'inquiète de "l'époque de la terreur" que nous vivons. La vision des islamistes et leurs projets s'inspirent de leur refus du modèle européen, adopté par la Turquie, et qui prône notamment la séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux, poursuit le quotidien. "Leurs réactions rejetant ce mode de vie pourraient nous ramener en arrière, vers des périodes obscures et même jusqu'au désert du temps du prophète Mohammed. Nous faisons face à un ennemi qui glorifie ses partisans et les personnes innocentes qu'il tue en qualifiant leur mort de passeport pour le paradis. Il représente un danger sans précédent. Il est dans notre intérêt d'en prendre rapidement conscience."

Le quotidien panarabe Al Hayat, édité à Londres, rejoint les commentaires du Daily Telegraph et titre son éditorial "une guerre incontrôlable". Pour la première fois, le monde est entraîné dans une guerre dont il ne maîtrise ni les acteurs ni les objectifs, constate le quotidien, "c'est une vraie guerre mondiale dans laquelle les cibles sont imprévisibles. Elle n'a aucun précédent, impossible de profiter des leçons du passé. Impossible de signer une trêve ou un cessez-le-feu. Son coût est difficile à estimer. Et il semble que nous ne sommes qu'au début de cette guerre à laquelle nous devons faire face sans références et sans repères pour nous guider."

 

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