L'ombre du «Grand Orient» Le Figaro - 21/11/2003 Le Front islamique des combattants du Grand Orient (Ibda-C) qui a revendiqué, avec le réseau al-Qaida, les attentats contre des intérêts britanniques perpétrés hier matin à Istanbul, est une organisation radicale qui veut instaurer un Etat fédéral islamique par l'action violente.
Le Front islamique des combattants du Grand Orient (acronyme en turc Ibda-C) avait déjà revendiqué les deux attentats antisémites du 15 novembre à Istanbul. Ces attaques avaient ensuite été revendiquées par le réseau terroriste de Ben Laden. Selon la police turque, les deux kamikazes tués dans ces attentats sont des militants turcs liés à al-Qaida.
Fondé le 1er août 1984, l'Ibda-C, qui se présente comme sunnite, s'est posé en alternative aux formations islamistes, comme le Milli Selamet Partisi (MSP) de l'ancien premier ministre Necmettin Erbakan (96-97), qu'il considère comme «passives». Son leader, surnommé «le commandant», connu pour son activisme islamiste au milieu des années 70 dans la branche jeunesse du MSP («les jeunes combattants»), s'appelle Salih Izzet Erdis, alias Salih Mirzabeyoglu. Il a été arrêté fin décembre 1998 et condamné à mort en avril 2002, peine commuée par la suite en prison à vie, pour tentative de renverser l'ordre constitutionnel par la force.
Le mouvement considère la République turque (fondée sur des bases laïques par Mustafa Kemal Atatürk en 1923) comme «illégale» et vise sa destruction. Il aurait pour cela passé des alliances tactiques et ponctuelles avec la rébellion kurde (ancien PKK) ou l'extrême gauche révolutionnaire (DHKP-C).
L'originalité de ce groupe est sa structure éclatée, sans hiérarchie, faite de «fronts» autonomes, dont les actions sont laissées à l'initiative de leurs membres, indépendamment les uns des autres, mais avec l'idée du «Grand Orient». Leurs cibles, visées par de nombreux attentats ces dernières années, sont les minorités non musulmanes, les médias, les statues d'Atatürk, les bars, banques et marchands de tabac. En janvier 1993, des militants de l'Ibda-C avaient tenté d'assassiner, à l'arme automatique, un riche homme d'affaires juif, Jack Kamhi, fils du député Jeff Kamhi.
La Turquie musulmane, en raison de son système laïque et de son attitude pro-occidentale, est visée par d'autres groupes islamistes extrémistes. Un groupe d'origine jordanienne ayant pour but de «rétablir le califat», le Hizb-ut Tahrir, a fait l'objet d'une série d'arrestations en mai dernier, et ses responsables locaux ont été arrêtés. Le chef d'un troisième groupe clandestin, le Hezbollah, a été tué par la police il y a trois ans. Ce mouvement actif depuis les années 80, qui prône aussi un Etat islamique, n'aurait aucun lien avec le Hezbollah chiite libanais. Nombre des militants de ces groupuscules ont été entraînés à l'étranger ou ont participé à des combats, en Afghanistan par exemple. Certains de ces «Afghans turcs» ont pu rejoindre la nébuleuse al-Qaida. Ils seraient alors en mesure d'offrir un support logistique à une entreprise terroriste étrangère, selon le spécialiste de l'islam politique turc, Rusen Cakir. |