La Turquie à nouveau frappée par deux attentats meurtriers Le Monde - 20/11/2003 Deux attentats à la voiture piégée contre des intérêts britanniques à Istanbul, revendiqués au nom d'un groupe islamiste turc et d'Al-Qaida, ont fait, jeudi 20 novembre, 27 morts et plus de 450 blessés, détruisant en partie le consulat de Grande-Bretagne et les bureaux d'une banque. Le consul général britannique Roger Short est mort sous les décombres du bâtiment où il travaillait. Ces nouvelles attaques-suicides surviennent cinq jours après deux autres attentats du même type contre deux synagogues, qui avaient fait 25 morts et plus de 300 blessés. Un homme affirmant parler à la fois au nom du réseau terroriste d'Oussama Ben Laden et d'un groupe extrémiste islamiste turc, l'IBDA-C, a revendiqué les attentats de jeudi, et les autorités turques ont immédiatement établi un probable lien entre les deux séries d'attaques. A Londres, le ministre britannique des affaires étrangères, Jack Straw, a affirmé que ces attentats, commis au moment même où le président américain George W. Bush est en visite d'Etat en Grande-Bretagne, présentaient "tous les signes du terrorisme international pratiqué par Al-Qaida". Le chef de la diplomatie britannique s'est ensuite rendu dans la soirée à Istanbul. Le premier ministre britannique, Tony Blair, a réagi en affirmant qu'il ne devait pas y avoir de "compromis" face au terrorisme. M. Bush a exprimé "sa plus profonde sympathie" pour les victimes et a relevé le "mépris absolu pour la vie humaine" des terroristes. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, le président de la Commission européenne, Romano Prodi, et de nombreux gouvernements ont condamné les attentats. "COMME UN TREMBLEMENT DE TERRE" L'une des attaques a visé le consulat de Grande-Bretagne, dans le quartier historique de Beyoglu, l'autre les bureaux de la banque britannique HSBC dans le quartier des affaires de Levent, tous deux situés sur la rive européenne du Bosphore. Le consulat a été en partie détruit, de même que les bureaux de la HSBC. Les attentats, qui ont plongé la ville dans le chaos, ont provoqué des scènes d'apocalypse, ambulances toutes sirènes hurlantes et voitures de police affluant sur les lieux, rues jonchées de débris, maculées de sang, riverains affolés. "C'était comme un tremblement de terre, a raconté un commerçant, à deux coins de rue du consulat. Mon magasin s'est immédiatement rempli de fumée et de poussière. Toutes les bouteilles ont été renversées. Le bloc réfrigérant, en verre, a explosé". Les fenêtres ont été soufflées dans toute la rue, encombrée de débris de vitres brisées et de carcasses de voitures. Juste à côté du portail du consulat, une camionnette calcinée était couchée sur le côté et deux annexes de la représentation diplomatique, de part et d'autre du portail, ont été réduites à l'état de gravats où s'activaient des sauveteurs.La façade de l'immeuble de la HSBC, d'une dizaine d'étages, était aussi très endommagée, avec de nombreuses vitres brisées. Le hall d'entrée de l'immeuble a été entièrement détruit. Un correspondant anonyme a revendiqué les attaques au nom d'Al-Qaida et du groupe turc Front islamique des combattants du Grand-Orient (IBDA-C), un groupuscule qui veut instaurer un état fédéral islamique par la violence et dont ferait partie l'un des organisateurs des attentats du 15 novembre. Le ministre turc de la justice, Cemil Cicek, a annoncé qu'il s'agissait d'attaques-suicides à la voiture piégée, tout comme celles contre les synagogues. Selon des sources policières citées par l'agence Anatolie, les enquêteurs pensent que les bombes qui ont explosé jeudi sont du même type que celles qui ont détruit les deux synagogues. Une voiture, en stationnement, aurait été utilisée pour l'attentat contre HSBC, tandis qu'une autre voiture aurait été précipitée, cinq minutes plus tard, contre le consulat britannique. Dans sa première réaction publique, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a indiqué que ces attentats pourraient avoir été facilités par "des déficiences" dans le travail des services de renseignement. Pays peuplé majoritairement de musulmans mais Etat laïc, la Turquie est alliée de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis au sein de l'OTAN, et les attentats du 15 novembre avaient été interprétés comme des attaques visant à saper la position charnière de ce pays, pont entre le monde musulman et l'Occident. Des experts britanniques soulignaient jeudi que la Grande-Bretagne était cette fois visée, mais que de sévères mesures de sécurité en Grande-Bretagne avaient conduit Al-Qaida à choisir un lieu "plus vulnérable", comme Istanbul. |