Les combattants kurdes de l'ex-PKK offrent leur aide Patrice Claude Le Monde - 19/11/2003 Basé à la frontière avec l'Iran, le frère cadet d'Abdullah Öcalan dispose de 4 000 soldats. L'ex-PKK, le Parti des travailleurs kurdes, considéré par les Etats-Unis comme une "organisation terroriste ", est disposé à mettre ses combattants basés dans le nord et l'ouest de l'Irak à la disposition de l'armée américaine pour empêcher les infiltrations islamistes. "Les Américains et nous avons deux ennemis en commun, l'islamisme radical et le nationalisme arabe chauvin, déclare Osmane Öcalan, frère cadet du leader kurde Abdullah Öcalan, emprisonné en Turquie, et vice-président de la nouvelle organisation politique de l'ex-PKK, le Kongra-gel (Congrès du peuple kurde). C'est pourquoi, s'ils nous le demandent, nous sommes tout à fait prêts à les aider à contrôler la frontière entre l'Iran et l'Irak pour empêcher -le passage- des combattants islamistes d'Ansar Al-Islam ou de toute autre organisation opposée à la présence américaine en Irak." Théoriquement interdite de port d'armes en Irak, la branche militaire de l'ex-PKK dispose d'au moins 4 000 combattants lourdement armés et répartis dans une douzaine de camps retranchés dans les montagnes de Qandil, qui séparent sur plusieurs centaines de kilomètres l'Irak de l'Iran. C'est dans l'une de ces bases bien organisées, avec des centaines de jeunes combattants et combattantes en uniforme et disciplinés, que M. Öcalan nous a reçus. Ancien instituteur âgé de 47 ans, le cadet du "président Öcalan", emprisonné depuis 1999, a été élu vice-président de la nouvelle organisation, dénommée Congrès du peuple, lors d'une "consultation démocratique" organisée cet été parmi les centaines de milliers de Kurdes - essentiellement turcs - qui militent, dans la région mais aussi dans la diaspora européenne, pour l'ex-PKK. Le nouveau président du Kongra-gel est Zübeyir Aydar, un avocat kurde qui vit en exil en Suisse après avoir été député à Istanbul entre 1991 et 1994. Naguère organisé sur le mode léniniste, le mouvement, assure-t-il, "est devenu entièrement démocratique et aspire à mettre fin à la lutte armée pour peu que le gouvernement turc réponde à -ses- ouvertures". M. Aydar a fermement "condamné" l'attentat d'Istanbul contre deux synagogues, un "acte terroriste monstrueux", et il a présenté ses condoléances aux familles des victimes. Bien que le général Richard Myers, chef d'état-major de l'armée américaine, ait promis à la Turquie, peu après l'invasion de l'Irak, que ses soldats désarmeraient les combattants de l'ex-PKK basés dans les montagnes, "jusqu'ici, affirme M. Öcalan, les Américains ne nous ont rien demandé". Selon plusieurs combattants, une patrouille américaine s'est même approchée tout récemment de l'une de leurs bases militaires "sans prendre contact avec -eux-". Il est vrai que les forces d'occupation ont actuellement d'autres priorités que de s'en prendre à une milice qui, jusqu'ici, s'abstient de toute action armée en Irak même. La Turquie ayant d'autre part renoncé à envoyer son armée - qui campe toujours dans l'extrême Nord irakien, à la frontière turque - plus profondément en Irak, pour aider les forces d'occupation américaines, les promesses faites à Ankara semblent devoir attendre... "CONTACTS OFFICIEUX" Se voulant désormais nettement plus modéré, le Kongra-gel kurde, dont la branche militaire forme et entraîne aussi plusieurs centaines de jeunes Kurdes iraniens et syriens au maniement des armes, ne réclame plus la création d'un Etat kurde souverain. "Nous respectons les frontières, explique Öcalan, et la perspective fédérale qui se dessine en Irak conviendrait parfaitement aux Kurdes ailleurs au Moyen-Orient." Contrairement au PKK et à son clone, le Kadek, formé en 2001, le Kongra-gel ne réclame plus la libération immédiate du "président Öcalan", mais seulement "l'amélioration de ses conditions de détention". Rejetées par Ankara comme "de la propagande sans conséquences qui ne vise qu'à faire oublier les crimes du PKK, le Kadek ou le pseudo Kongra-gel étant une seule et même organisation terroriste", ces ouvertures pourraient-elles tenter une armée américaine à la recherche d'alliés en Irak ? On affirme, à la direction de la nouvelle organisation, que "des contacts officieux à un niveau subalterne" ont eu lieu et on espère "qu'ils vont se poursuivre et aboutir". |