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Istanbul enterre ses morts

Le Nouvel Observateur - 18/11/2003

 

Juifs et musulmans ont rendu un dernier hommage aux victimes des attentats de samedi contre les deux synagogues de la ville.

Avec des prières et des chants en hébreu et en turc, juifs et musulmans ont rendu mardi un dernier hommage aux six victimes juives du double attentat d'Istanbul. Plusieurs des 17 victimes musulmanes des attentats de samedi ont été inhumées lundi. Le bilan de l'attentat s'est encore alourdi, un des blessés étant mort dans la nuit: il est désormais de 25 morts, en comptabilisant les deux kamikazes. Mardi, les six cercueils, recouverts du drapeau turc, ont été enterrés dans le cimetière juif du quartier d'Ulus, sous haute surveillance policière, avec des tireurs d'élite postés sur les toits des alentours. Alors qu'on lisait le nom des morts, la pluie s'est mise à tomber.

"Aujourd'hui, les attentats n'ont pas pris que les juifs pour cible. Des gens de toutes les religions sont morts dans ces attentats sans raison et inhumains", a déclaré Isak Haleva, grand rabbin de Turquie. "J'en appelle au monde, et à toute l'humanité. Rassemblons-nous et aimons-nous les uns les autres". Les victimes ont été inhumées non loin de celles de l'attentat de 1986, 22 personnes abattues dans une fusillade à la synagogue de Neve Shalom, à nouveau frappée samedi.

Parmi les participants aux funérailles, on pouvait voir plusieurs des 303 blessés des deux explosions ayant visé des synagogues, ainsi que des membres de Zaka, équipe israélienne de secouristes vétérans des attentats-suicide en Israël, venue apporter son concours à la Turquie.

"Un moment plus tard, il était tué"

Robert Sefada, la tête bandée, après avoir été blessé par les éclats de verre d'une des vitres de la synagogue Beth Israel, était assis samedi à côté de son copain d'enfance Avram Varol. "Il blaguait, 'nous sommes à une chouette cérémonie, et je n'ai même pas mis de cravate"', se souvient le blessé. Un moment plus tard, il était tué dans l'explosion. "Mon copain est mort, je suis vivant. Nous vivons sur un temps emprunté", soupire-t-il.
Nombre des participants portaient sur leur manteau des photos en couleur des victimes. Berkant Disgin arborait le portrait d'une jeune et jolie femme, Berta Ozdogan, 35 ans, qui était enceinte, et dont le mari musulman, également décédé dans l'attentat, a été enterré lundi. "Elle était adorable, très gaie. Elle s'entendait avec tout le monde", soupire Berkant, un ami musulma, exprimant l'espoir qu'au bout du compte, la douleur de cet attentat puis "rapprocher juifs et musulmans. Mais je ne sais pas si cela sera le cas".

Parmi les victimes, il y avait aussi Anna Rubinstein, 85 ans, dont le corps fut le dernier à être retrouvé, reposant aux côtés d'Annette, sa petite-fille, âgée de huit ans. Sous leurs manteaux de pluie, plusieurs des camarades de classe de l'enfant étaient venus assister à son enterrement.

 

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