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Les échanges entre Ankara et Jérusalem ne cessent de prospérer

Marie Jégo
Le Monde - 18/11/2003

 

Le rapprochement entre les deux pays est fondé sur leurs inquiétudes en matière de sécurité. Les mauvaises relations de la Turquie avec la Syrie et l'Iran la poussent à développer divers partenariats avec Israël.


Perpétrés au cœur de Galata et de Sisli, quartiers historiques d'Istanbul où Turcs juifs et musulmans cohabitent en bonne entente depuis plus de cinq cents ans, les attentats-suicides de samedi 15 novembre révèlent la fragilité de la Turquie, meilleure alliée de Washington dans la région. Possédant la deuxième armée de l'OTAN (en nombre), ce pays est aussi engagé dans un partenariat militaro-stratégique avec Israël.

Ces dernières années, la Turquie a considérablement développé ses relations avec l'Etat hébreu, suscitant la désapprobation des pays arabes et l'inquiétude de ses voisins, la Syrie et l'Iran, avec lesquels elle entretient des relations difficiles.

Manœuvres aéronavales communes en août, visite d'officiels israéliens - Sylvan Shalom, le chef de la diplomatie, puis le président, Moshe Katzav - en juillet : les relations entre les deux pays ne cessent de prospérer. Entre 1993 et 2002, les échanges commerciaux (non militaires) de la république d'Atatürk avec Israël sont passés de 90 millions à 1,3 milliard de dollars, tandis que dans le même temps, les échanges avec les pays arabes déclinaient (- 20 % pour la même période).

De 1992 à aujourd'hui, c'est sur les traces des Turcs qu'Israël a installé des représentations diplomatiques dans toute l'Asie centrale et au Caucase - à l'exception de l'Azerbaïdjan, proximité avec l'Iran oblige. Enfin, si, en 1986, sept mille touristes israéliens visitaient l'Anatolie, 350 000 ont choisi cette destination en 2003. Ankara et Tel-Aviv sont en outre liés depuis des années par un important projet de fourniture d'eau, qui vient de se concrétiser en octobre.

L'axe essentiel du partenariat entre les deux pays reste néanmoins militaire et stratégique avant tout. Là encore, les relations sont au beau fixe, comme en témoigne la visite éclair à Tel-Aviv, en octobre dernier, du chef de l'armée de l'air turque, Ibrahim Firtina, aux commandes d'un avion de chasse rénové par l'industrie israélienne de l'armement.

Les liens entre militaires turcs et israéliens ne datent pas d'hier. Convaincus, après la chute de l'Union soviétique et la redéfinition du rôle de l'OTAN, qu'il convenait de donner un nouveau poids régional à leur pays, les généraux turcs signèrent, en février 1996, un accord par lequel Ankara ouvrait son espace aérien aux pilotes de l'armée de l'air israélienne, à l'étroit chez eux, et recevait, en échange, une assistance technologique en matière de défense.

L'état-major turc, dont les choix s'expriment par la voix du Conseil national de sécurité (MGK) et ne se discutent pas (ils sont "prioritaires" selon la Constitution), avait vu le premier ministre islamiste d'alors, Necmettin Erbakan, chantre de l'"antisionisme", contraint de parapher l'accord.

Mais très vite l'alliance a dépassé le cadre militaire. "Le rapprochement entre la Turquie et Israël est essentiellement motivé par l'inquiétude ressentie par ces deux pays à propos de leur sécurité nationale", explique Efraim Inbar, auteur d'un livre sur la question. Selon lui, en février 1996, le chef de l'état-major de l'armée turque, Cevik Bir, signa à Tel-Aviv un accord selon lequel Israël s'engageait à coopérer avec l'armée turque dans la fourniture de renseignements et de logistique, notamment le long des frontières iranienne, syrienne et irakienne.

DES CONTENTIEUX AVEC DAMAS

Or, la tension est persistante entre la Turquie et ses voisins syrien et iranien, qu'elle accuse depuis toujours d'héberger les militants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) impliqués dans une guerre de quinze ans (1984-1999) contre l'armée turque.

Peu avant le déclenchement de l'opération américaine en Irak, les "pashas" du Conseil national de sécurité stigmatisaient ces deux pays pour leur aide au PKK. Officiellement démantelée, l'organisation reste forte de cinq mille combattants établis dans le nord de l'Irak, le long de la frontière avec l'Iran.

D'autres contentieux empoisonnent les relations avec Damas. L'un est territorial (à propos du port d'Alexandrette), l'autre porte sur le partage des eaux du Tigre et de l'Euphrate, qu'Ankara est accusé de vouloir capter afin de devenir fournisseur d'électricité (notamment à Israël).

Pour ne rien arranger, un projet de "bouclier antimissile" régional, discuté entre les deux partenaires stratégiques avec la bénédiction des Etats-Unis au moment où l'intervention en Irak se profilait, reste de mise à ce jour. Signe de la vulnérabilité grandissante de la Turquie dans la région, son ambassade à Bagdad a été la cible, à la mi-octobre, d'un attentat-suicide. Une semaine plus tôt, le Parlement d'Ankara avait donné son accord à l'envoi d'un contingent en Irak, une initiative encouragée par Washington mais contestée par l'administration provisoire irakienne.

Finalement, le déploiement des troupes turques ne s'est pas fait.

 

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