La communauté juive visée par deux attentats à Istanbul Le Nouvel Observateur - 15/11/2003 Deux synagogues, dont la plus importante de la ville, ont été les cibles d'attentats à la voiture piégée qui ont fait au moins 20 morts et plus de 200 blessés. Ces actions auraient été revendiquées par un groupe islamiste. Israël appelle le monde de combattre les "forces du mal". Deux attentats à la voiture piégée, perpétrés presque simultanément samedi matin vers 10h devant deux synagogues du centre d'Istanbul, ont fait au moins 20 morts et plus de 200 blessés, selon les ministres de l'Intérieur et de la Santé, Abdulkadir Aksu et Recep Akdag. Un premier bilan officiel avait fait état de 23 morts. "C'est une bombe qui vise la stabilité et la paix de la République turque. Je maudis cela. Je le condamne parce que c'est un attentat contre l'humanité", s'est insurgé le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, en visite dans la partie turque de Chypre. Pour le ministre des Affaires étrangères Abdullah Gul, "il est évident que cet attentat terroriste a des connections internationales". La plus grande synagogue d'Istanbul Un des attentats, dont on ignore s'il s'agit d'opérations-suicide, a été commis devant la synagogue Neve Shalom, la plus grande de la ville. L'autre a eu lieu devant celle de Beth Israel, à cinq kilomètres de là, dans le quartier de Sisli où vivent des membres des communautés juive, arménienne et grecque. Selon l'agence de presse semi-officielle Anatolie, les attentats ont été revendiqués par un mouvement intégriste turc, le Front islamique des combattants du Grand Orient. Un interlocuteur anonyme a annoncé d'autres attentats, pour "empêcher l'oppression des musulmans". La police a imputé à cette organisation extrémiste, également connue sous le nom d'IBDA-C, un attentat à la bombe qui a fait 10 blessés le 31 décembre 2000 dans le centre d'Istanbul. Aucune revendication n'était cependant parvenue aux enquêteurs. D'après la police, citée par la chaîne de télévision privée NTV, les attentats de samedi apparaissent trop sophistiqués pour être l'oeuvre de ce seul mouvement et de récents renseignements ont montré qu'Al-Qaïda était susceptible de commettre des attentats en Turquie. Une odeur de fumée et de chair brûlée emplissait l'air. Les synagogues se sont partiellement effondrées, ainsi que des bâtiments situés autour. Des débris de métal, des gravats et des morceaux de verre jonchaient le sol. Les ambulances ont évacué plusieurs blessés ensanglantés, certains au visage noirci et brûlé. Selon NTV, une voiture rouge avait été aperçue garée devant Neve Shalom peu avant l'explosion. Cette voiture était apparemment remplie d'explosifs, selon la police citée par la chaîne qui a filmé après l'attentat la carcasse d'une voiture et un important cratère devant la synagogue. "Une zone de guerre" "C'était comme une zone de guerre", selon Sadettin Gul, un témoin. "Il y a un énorme trou dans le sol. Les maisons et les voitures sont complètement détruites, comme si un énorme tremblement de terre avait frappé le secteur", a déclaré à la chaîne de télévision privée NTV le chef des pompiers d'Istanbul, Sabri Yalim. Les terroristes ont frappé à l'heure des prières du matin du Shabbat, jour de repos hebdomadaire dans le judaïsme. La plupart des victimes sont apparemment des habitants du quartier. "Il y avait une énorme panique, des vitres qui explosaient, des morceaux de métal partout. Il y avait beaucoup de blessés", a expliqué Enver Eker, un témoin. "On a vu quelqu'un mettre une tête dans une boîte en carton". La synagogue Neve Shalom avait été la cible d'un attentat en 1986. Des terroristes, présumés être des Palestiniens, avaient ouvert le feu sur des fidèles durant un office du Shabbat, faisant 22 morts et 26 blessés. Un attentat à la bombe, perpétré par le Hezbollah pro-iranien, avait visé le même lieu de culte en 1992 sans faire de victimes. Vingt mille juifs vivent à Istanbul et 5.000 autres ailleurs en Turquie, pays à majorité musulmane. Israël a condamné le double-attentat, le ministre des Affaires étrangères, Silvan Shalom, offrant une aide médicale aux blessés, selon la radio israélienne. "On peut difficilement imaginer un attentat plus tragique, violent et cruel", destiné à "tuer un maximum de gens occupés à prier et adorer leur dieu", a lancé un haut responsable du même ministère, Daniel Shek. L'Union européenne a aussi exprimé son "horreur", stigmatisant "une expression inacceptable d'intolérance et de rejet qui doivent être éradiqués". La France a également dénoncé avec "la plus grande vigueur l'odieux double attentat", exprimant "sa vive émotion et sa sympathie aux familles des victimes ainsi que toute sa solidarité aux autorités turques". |