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L'Etat turc va rembourser les victimes de la banque Imar

Nicole Pope
Le Monde - 12/11/2003

 

Des détournements de plus de 5 milliards d'euros ont affecté au moins 300 000 épargnants.

L'affaire impliquant la richissime famille Uzan n'en finit pas de secouer économiquement et politiquement la Turquie. Le gouvernement a annoncé, jeudi 30 octobre, un plan pour rembourser l'équivalent de 5,15 milliards d'euros à plus de 300 000 anciens déposants de la banque Imar, propriété de la famille et saisie par l'Etat en juillet. Un montant correspondant au trou financier laissé dans les comptes. Une décision prise après quatre mois d'enquête qui, selon le vice-premier ministre Abdullatif Sener, ont révélé "la fraude la plus importante et la mieux organisée de l'histoire de la finance".

Un premier versement de 1,8 milliard de dollars (1,57 milliard d'euros) devrait avoir lieu dans les trois semaines à venir, vraisemblablement avant le "bayram", qui marque la fin du ramadan. Pour les dépôts inférieurs à 10 milliards de livres turques (5 865 euros), des comptes courants seront ouverts à la banque Ziraat. Le reste sera remboursé en plusieurs tranches, sur une période de trois ans. "L'Etat a préparé un plan de paiement afin que ceux qui ont été affectés ne se trouvent pas à court. Selon ce plan, les véritables créditeurs seront tous remboursés jusqu'au dernier centime", a déclaré M. Sener. Le vice-premier ministre affirme que le remboursement n'affectera pas le programme de redressement économique introduit sous l'égide du Fonds monétaire international (FMI).

L'organisme turc de supervision des banques, le BDDK, avait pris le contrôle de la banque Imar peu après la saisie de deux compagnies de production et de distribution d'électricité appartenant également à la famille Uzan.

DOUBLE COMPTABILITÉ

L'ampleur de la corruption, révélée au cours des mois écoulés, a poussé les autorités turques à lancer des mandats d'arrêt internationaux contre Kemal Uzan, son fils Hakan et plusieurs de leurs associés. Cem Uzan, 42 ans, autre fils de Kemal Uzan et politicien démagogue, ne figure pas sur la liste des personnes à arrêter. Fondateur du Parti Jeune, le Genc, en août 2002 - il a recueilli plus de 7 % de voix aux élections législatives -, il accuse le gouvernement, issu du Parti de la justice et du développement (AKP), de mener une vendetta politique contre sa famille, qui contrôle également un empire médiatique.

L'éthique de la dynastie Uzan avait déjà été mise en cause par Motorola et Nokia, qui l'avaient accusé de n'avoir aucune intention de rembourser 2,7 milliards de dollars empruntés par Telsim, leur compagnie de téléphonie mobile. En août, un tribunal à New York a condamné les Uzan à verser plus de 4 milliards de dollars aux deux géants de la communication.

Dans le cas de la banque Imar, un logiciel sophistiqué avait été développé pour permettre une double comptabilité. Moins de 10 % des dépôts figuraient dans les bilans officiels, le reste étant apparemment détourné vers des comptes à l'étranger. La tâche des administrateurs chargés de déterminer la validité des dépôts a été compliquée par la destruction de nombreux documents.

Depuis 1994, l'Etat turc garantit tous les dépôts bancaires, une pratique qui a déjà coûté cher au contribuable turc, puisque l'Etat a dépensé quelque 40 milliards de dollars pour assainir le secteur financier et couvrir les pertes des banques publiques et d'une vingtaine d'établissements financiers privés placés sous tutelle après les crises financières de 2000 et 2001. Le secteur bancaire était en voie de rétablissement et les garanties pourraient être levées dès 2004.

A la suite de la débâcle spectaculaire de la banque Imar, les autorités turques ont préparé une nouvelle loi pour assurer un meilleur contrôle du système bancaire et faciliter la saisie des avoirs des propriétaires de banques en cas de fraude. "Où qu'ils soient, nous les poursuivrons jusqu'au bout et nous récupérerons l'argent qui appartient à nos citoyens", a récemment déclaré le ministre de la justice Cemil Cicek.

 

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