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La Turquie n'enverra pas de troupes en Irak

Le Monde - 07/11/2003

 

Ankara a déployé depuis 1997 plusieurs milliers de soldats dans cette zone, et les factions kurdes craignaient que les Turcs ne s'éternisent en Irak s'ils y envoyaient des soldats supplémentaires.
La Turquie, seul pays musulman à avoir proposé de participer à la stabilisation de la situation en Irak, a finalement renoncé, vendredi 9 novembre, à dépêcher des troupes face à l'hostilité déclarée des Irakiens et après avoir été confronté à la vive opposition des Irakiens et aux hésitations des Américains

Le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Huseyin Dirioz, a déclaré aux journalistes que le gouvernement turc avait décidé de ne plus utiliser l'autorisation, votée le 7 octobre par le Parlement turc, d'envoyer des soldats dans le pays voisin. Signifiant ainsi que la Turquie ne déploierait pas de troupes en Irak.

UN RAPPROCHEMENT AMÉRICANO-TURC

Un communiqué du ministère des affaires étrangères a précisé que la décision avait été arrêtée jeudi soir lors d'un entretien téléphonique entre les chefs de la diplomatie turque et américaine, Abdullah Gül et Colin Powell. Après avoir passé en revue la situation, Abdullah Gül a informé Colin Powell que le gouvernement turc allait réexaminer son offre, a précisé le communiqué. M. Powell a remercié son allié turc et promis que les forces américaines réprimeraient les rebelles kurdes de Turquie retranchés dans le Nord irakien.

Cette décision referme un dossier ouvert le mois dernier, quand le Parlement turc avait approuvé un projet gouvernemental autorisant l'envoi de soldats turcs à la demande des Etats-Unis, partenaires d'Ankara au sein de l'OTAN. La Turquie est le deuxième plus important membre de l'Alliance en termes d'effectifs, derrière les Américains.

Cette motion devait permettre selon le gouvernement turc d'améliorer la propre sécurité de la Turquie en stabilisant la situation chez son voisin.

En outre, les députés s'étaient montrés sensibles au geste de Washington, qui a accepté, fin septembre, de fournir une aide de 8,5 milliards de dollars sous forme de prêts à la Turquie, dont l'économie est criblée de dettes. Cet accord ne sera pas remis en cause, estiment les analystes.

En mars et contre l'avis du gouvernement, les élus avaient créé la surprise en s'opposant au transit sur le territoire turc de troupes américaines dépêchées dans le nord de l'Irak pour renverser le régime de Saddam Hussein, reflétant ainsi l'hostilité de la majorité de l'opinion à la guerre. Le vote d'octobre, obtenu avec 358 voix pour et 183 contre, a donc marqué un revirement stratégique d'Ankara, sous la pression de Washington et de la puissante armée turque.

Huseyin Bagci, professeur à l'université du Moyen-Orient, à Ankara, s'est félicité de la décision de son pays. Il a estimé qu'en décidant de proposer de venir en aide aux Américains, Ankara avait réussi à réparer les dégâts dans les relations bilatérales avec les Etats-Unis, provoqués en mars par le vote du Parlement, qui avait refusé d'appuyer les efforts de guerre américains, notamment le transit par la Turquie de soldats américains se rendant dans le nord de l'Irak.

TROP D'INTÉRÊTS POUR RESTER NEUTRE

Mais le Conseil intérimaire de gouvernement irakien (CIG, dont les membres ont été nommés par les Américains) a exprimé son hostilité à cette initiative, en faisant valoir que la Turquie avait trop d'intérêts en Irak pour y rester neutre.

L'envoi de troupes semblait déjà bien compromis depuis le 24 octobre, date à laquelle Washington a fait savoir qu'il avait demandé une pause dans les discussions techniques avec Ankara sur le déploiement d'un contingent turc. Le premier ministre, Tayyip Erdogan, lui-même avait souligné que son pays ne serait pas en mesure d'envoyer des troupes en Irak si celles-ci n'étaient pas bienvenues. Aucun chiffre n'avait été avancé officiellement, mais les médias turcs parlaient d'une force importante pouvant atteindre 10 000 hommes.

Les troupes turques n'auraient pas été déployées dans le Nord, où sont implantés les Kurdes irakiens, et où la Turquie possède déjà depuis le milieu des années 1990 un certain nombre de bases pour combattre les militants séparatistes du PKK, dont c'est la base arrière. Quelque 5 000 rebelles kurdes du PKK se trouveraient actuellement dans cette région, et les généraux turcs espèrent à terme, avec le concours des forces américaines, pouvoir les éliminer.

Ankara a maintes fois ignoré les appels au retrait de ses soldats formulés par les responsables kurdes irakiens. Les Turcs dirigeant aussi une "force d'observation de la paix" dans le Nord, le long d'une ancienne ligne de cessez-le-feu entre les deux grands partis rivaux du Kurdistan irakien, qui ne se sont plus combattus depuis 1997.

 

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