Cesur of Istanbul
Delfeil de TON
Le Nouvel Obs - 22/12/2005
(...)
Le 13 décembre 2005, une
bonne nouvelle pour Saddam Hussein. A la reprise de son procès, il portera les chaussures
neuves qu'il réclame depuis son arrestation. Le 14 décembre, une mauvaise nouvelle pour
Saddam Hussein. Deux de ses anciens sujets, à qui, comme à des centaines d'autres, il
avait fait couper les oreilles, viennent de bénéficier d'une nouvelle technique de
chirurgie reconstructive, à base de prélèvement du cartilage des côtes et de la peau
du crâne, et montrent leurs oreilles neuves à la population. C'est autre chose
d'attendre des oreilles neuves qu'une paire de chaussures neuves, disent les gens. Portons
cependant au crédit de Saddam Hussein qu'il ne s'est jamais fait faire de chaussures en
peau d'oreille mais c'est peut-être par manque d'imagination.
Un qui est content que Saddam Hussein passe en jugement, et qui voudrait que son procès
dure aussi longtemps que celui du Yougoslave Milosevic qui va entrer dans sa cinquième
année, c'est son tailleur, un Kurde de Turquie du nom de Recep Cesur. A-t-on remarqué
l'élégance de Saddam Hussein ? Elle est due à Recep Cesur. Bien connu des Turcs
soucieux de leur apparence, il avait ouvert une succursale à Bagdad au temps de la
splendeur husseinienne. Saddam était devenu son client, ses ministres aussi du même
coup, et même les footballeurs de l'équipe nationale, équipe dirigée par un fils de
Saddam. Tous ces gens commandaient des costumes par dizaines, en changeaient tous les ans.
L'invasion de l'Irak avait signifié pour Cesur la fin de la succursale de Bagdad et son
chiffre d'affaires s'en était rudement ressenti.
Un jour, voilà-t-y pas que les Américains lui demandent de venir à Bagdad pour tailler
un costume à Saddam pour son procès. Ils n'avaient pas dû retrouver l'adresse de son
chausseur (voir plus haut). Cesur coupe le costume et Saddam Hussein, sans cravate mais
portant beau, fait son apparition dans le box des accusés à la télévision. A chaque
fois qu'il entrouvre sa veste pour prendre son stylo dans une poche intérieure,
l'étiquette « Cesur of Istanbul » apparaît dans des millions de foyers. Au
Moyen-Orient, même en Iran, un tas d'importants ou qui souhaitent s'en donner l'air
veulent avoir le costume de Saddam Hussein. Recep Cesur habillait déjà Nelson Mandela et
le président pakistanais Moucharraf mais là, ayant calculé que le procès lui avait
déjà apporté pour six millions de dollars de publicité gratuite, il a triplé ses
ventes, doublé ses prix et personne ne les discute, dit-il.
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