La France répond aux critiques de l'ONU concernant la loi sur la laïcité Le Monde - 23/03/2004 Le ministère des affaires étrangères a rappelé que la France venait de créer un Conseil français du culte musulman pour "promouvoir le dialogue avec la communauté musulmane de France". La France a réaffirmé, mardi 23 mars, que sa loi sur l'interdiction des signes religieux à l'école, critiquée par un rapporteur des Nations unies, ne visait pas de religion spécifique. "La loi sur le principe de laïcité ne vise aucune religion en particulier, mais réaffirme le double principe de tolérance et de non-discrimination inscrit dans la Constitution de la République", a rappelé le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Hervé Ladsous. "Seuls les signes religieux ostensibles au sein des établissements scolaires publics sont interdits. Il n'y a donc pas d'interdiction générale du port de signes religieux", a-t-il poursuivi. Le porte-parole du ministère des affaires étrangères a également rappelé que la France venait de créer un Conseil Conseil français du culte musulman, "qui vise précisément à promouvoir le dialogue avec la communauté musulmane de France, pour notamment combattre les discriminations dont elle pourrait être victime". Lundi, un rapporteur de l'ONU avait critiqué la loi française devant Commission des droits de l'homme de l'Organisation internationale, à Genève. "La perception dominante (..) est que derrière l'interdiction du signe religieux en général dans l'école publique, c'est l'islam dans son expression qui est visé", avait déclaré M. Doudou Diene, rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance. M. Diene avait recommandé que "la défense de la laïcité soit accompagnée d'une promotion vigoureuse de la diversité culturelle et religieuse, et également de mesures concrètes de combat contre les formes de discrimination" que le débat sur le port du voile à l'école pourrait induire. UN EXEMPLE POUR LA TURQUIE La loi française n'a cependant pas que des détracteurs. Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan estime que la loi française sur la laïcité à l'école pourrait servir de modèle à son propre pays, à majorité musulmane. Malgré son propre passé islamiste, M. Erdogan a estimé dans une interview accordée au journal Hurriyet que la loi interdisant le port de signes religieux ostensibles, dont le voile islamique, à l'école publique en France pourrait être appliquée à la Turquie afin d'apaiser les querelles entre défenseurs acharnés de l'Etat laïque et tenants de la liberté religieuse. L'avantage d'une telle loi serait de maintenir l'interdiction du port du voile à l'école publique tout en l'autorisant à l'université. "Nous pouvons mettre en pratique le même système qu'en France", a estimé M. Erdogan. "J'ai analysé avec beaucoup de soins le système français. Il n'y a pas d'interdiction de port du foulard à l'université, mais uniquement dans les écoles primaires et secondaires", a-t-il souligné. Si le soutien de M. Erdogan à la loi sur la laïcité peut paraître surprenant, il s'explique par les difficultés de son gouvernement à libéraliser le port du foulard. En effet, la moindre mention de libéralisation fait immédiatement réagir et l'armée turque, qui se proclame gardienne de la laïcité, et la hiérarchie pro-laïque qui considère le port du foulard - strictement interdit dans la fonction publique et les universités - comme un signe ostensible de soutien à l'islam politique. La loi française a suscité de vives protestations dans de nombreux pays musulmans, y compris parmi les militants musulmans en Turquie qui, dans leur majorité, soutiennent M. Erdogan. |