hautdroite2.gif (179 octets)

Ataturquie

A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

IMMIGRATION

--- Retour ---

Pour nombre d'élèves voilées et exclues,
l'école s'arrête définitivement

Virginie Malingre et Xavier Ternisien
Le Monde - 10/02/2004

 

Certaines ont recours à des professeurs à domicile, d'autres reçoivent un enseignement à distance, beaucoup ont du mal à étudier seules. Devant le manque de statistiques, les associations se demandent comment l'application du texte de loi qui devait être adopté mardi pourra être évaluée.

Chérifé n'est plus scolarisée depuis cinq mois. Cette jeune fille de 13 ans, d'origine turque, s'est présentée en septembre la tête couverte d'un voile dans son collège de Bron (Rhône). Elle devait entrer en classe de troisième. Elle n'a pas été admise. "Ils ne voulaient pas que j'entre dans le collège avec mon voile, raconte-t-elle. J'ai essayé plusieurs fois. Finalement, je me suis dit qu'il valait mieux que je parte."

La jeune fille a demandé ensuite à bénéficier des cours du Centre national d'enseignement à distance (CNED). Mais l'inspection académique a refusé, au motif que l'inscription est réservée aux élèves malades, handicapés ou vivant à l'étranger. Chérifé ne veut pas enlever son voile : "C'est ma religion qui m'oblige", insiste-t-elle.

La principale du collège considère que la jeune fille n'a pas été "exclue". "Pour qu'il y ait exclusion, il faut qu'il y ait eu conseil de discipline, dit-elle. Elle est partie d'elle-même. Le règlement du collège interdit tous les couvre-chefs. Elle a fait un choix de vie. Maintenant, si elle n'est pas inscrite au CNED, ce n'est pas mon problème..."

Le père de la jeune fille, qui parle avec un fort accent, s'interroge : "Pourquoi la principale ne m'a-t-elle pas donné un mot écrit, pour me dire qu'elle n'acceptait pas ma fille ? Pour l'instant, je n'ai pas de solution. C'est à ceux qui l'ont exclue d'en trouver une."

"UNE VÉRITABLE OMERTA"

De son côté, l'inspection académique se refuse à dire que l'élève n'a "pas été admise" : "Elle a été admise, mais elle refuse le règlement intérieur", précise-t-on. Au regard de l'administration, Chérifé est "scolarisée dans la famille". La jeune fille reste donc chez elle. Elle bouquine. Sa mère s'exprime difficilement en français ; quelques professeurs bénévoles, militants d'une association musulmane, viennent l'aider. "On m'a fermé les portes de mon avenir", se plaint Chérifé. Cette année, six autres élèves voilées n'auraient pas été admises dans ce collège de Bron.

Saïda Kada, coauteur avec l'anthropologue Dounia Bouzar du livre L'une voilée, l'autre pas (Albin Michel, 2003), est aussi responsable de l'association Femmes françaises musulmanes et engagées, qui vient en aide aux filles voilées déscolarisées, dénonce "une véritable omerta" sur le sujet. "La nouvelle loi prévoit une évaluation après un an. Mais comment va faire l'éducation nationale ? Il n'y a pas de statistiques. Tout simplement parce que les jeunes filles sont exclues le plus souvent pour un motif autre que le foulard. On les pousse à démissionner."

Officiellement, les chiffres font état de seulement cinq exclusions pour cause de foulard, pour cette année scolaire, si l'on prend en compte le fait qu'un compromis vient d'être trouvé pour une jeune fille exclue du collège de Thann (Haut-Rhin) en novembre 2003. Monique Crinon, du collectif Une école pour tous, qui milite contre la loi sur le foulard, constate qu'il est très difficile d'obtenir des données fiables : "C'est le trou noir. Au-delà de 16 ans, c'est encore plus difficile, puisque les élèves ne sont plus obligés légalement d'aller à l'école."

Saïda Kada affirme qu'elle connaît, dans l'agglomération lyonnaise, au moins trois cas de filles de moins de 16 ans qui ne sont plus prises en charge, ni par un établissement scolaire ni par le CNED. "Cela fait quinze ans qu'on exclut dans l'indifférence ! s'indigne-t-elle. La plupart des exclusions se produisent sans heurts. On dit aux jeunes filles : vous ne restez pas. Les parents se contentent d'une décision orale. Très peu prennent la peine de faire appel de la décision."

Combien de jeunes filles voilées ont recours au CNED ? "On ne peut pas le savoir", répond cet établissement public d'enseignement. Un élève de moins de 16 ans doit, pour s'y inscrire, demander une autorisation administrative à l'inspection d'académie dont il dépend. C'est avec ce document - où ses motivations ne sont pas détaillées - qu'il se présente au CNED. Celui-ci compte aujourd'hui 12 000 inscrits au niveau élémentaire, 35 000 au niveau collège et 60 000 au niveau lycée. "Il s'agit d'enfants d'expatriés à l'étranger, mais aussi de sportifs et d'artistes de haut niveau, de gens du voyage ou encore d'enfants malades", indique le CNED.

Même si la scolarité est obligatoire jusqu'à 16 ans, le CNED est payant : les cours du collège coûtent 111 euros par an, et ceux du lycée 229 euros. Le CNED et l'Etat envisagent de rendre cet enseignement gratuit pour les enfants qui, pour des raisons diverses, ne peuvent plus aller à l'école.

TUTORAT

Alma et Lila Lévy-Omari, les deux jeunes filles du lycée d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) exclues en octobre 2003, ont eu de la chance : leur père a obtenu de l'inspection académique qu'un professeur rémunéré vienne donner une heure de tutorat par semaine aux deux sœurs, qui sont inscrites au CNED.

Les élèves qui suivent ces cours par correspondance décrochent souvent : 70 % d'entre elles arrêteraient au bout de deux ans, selon Saïda Kada. "Beaucoup de filles démissionnent quand elles atteignent 16 ans", croit savoir Samira. Cette jeune femme âgée de 23 ans s'est mise à porter le foulard à 15 ans. Sa seconde au lycée de Décines (Rhône) s'est mal passée : la proviseure n'acceptait pas son bandana. Samira a très mal vécu sa scolarité. L'année suivante, elle a démissionné deux semaines avant la rentrée. "J'ai fait ma première et ma terminale au CNED. J'ai raté une première fois mon bac. C'est très difficile, quand on est toute seule. J'avais la chance d'avoir mes parents derrière moi. J'étais aidée aussi par une association musulmane. Sur cinq filles de terminale suivies par cette association, j'ai été la seule à avoir mon bac. Les autres se sont mariées vers 20 ans."

Samira est aujourd'hui en mastère de recherche en langue et littérature arabe. Elle sait qu'elle ne trouvera pas de travail dans l'éducation nationale. Beaucoup de filles voilées qui passent le bac veulent poursuivre leurs études et travailler. Leur avenir professionnel n'est pas assuré pour autant.

    

 

[Présentation] [Press-Book] [Album] [Activités] [Actualités] [Nous Contacter] [Olusum/Genese]
[Dossier O/G] [Editions A TA TURQUIE] [Bibliographie] [Bibliothèque] [Poésies] [Hommage] [Galeries]
[Exposition] [Manifestations] [Annuaire] [Annonces] [Informations] [Liens] [Carnet Rose] [Quoi de Neuf]

Copyright 1999-2000 © Site créé par ATATURQUIE
Tel : 03 83 37 92 28 / Fax : 03 83 37 83 30 / poste@ataturquie.asso.fr
Webmaster :
Dominique SOUTREL
Site optimisé en 1024 x 768 pour Microsoft Internet Explorer 5

basdroite.gif (174 octets)