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La mobilisation intégriste relance l'affaire du voile

Le Monde - 19/01/2004

 

Le succès relatif des manifestations organisées samedi par des organisations islamistes contre un projet de loi interdisant les signes religieux à l'école pourrait relancer le débat sur le voile et la représentation de l'islam en France. Au lendemain des manifestations, la voiture du préfet du Jura, Aïssa Dermouche, nommé mercredi dernier, a été détruite par un attentat à l'explosif, à Nantes.
La manifestation conduite à Paris par le petit mouvement radical du Parti des musulmans de France (PMF) a rassemblé entre 10 000 personnes et 20 000 personnes.

Une dizaine de cortèges dans de grandes villes de province, notamment à Lille et Marseille, ont rassemblé au moins autant de participants. Même si ces chiffres peuvent paraître marginaux dans une communauté musulmane d'environ cinq millions de personnes, ils semblent néanmoins significatifs compte tenu des conditions de l'organisation des défilés.

Les modérés, comme le recteur de la mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, ou le mufti de Marseille, Soheib Bencheikh, avaient en effet appelé les musulmans à ne pas participer. Même l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), composante radicale et structurée de l'islam français, hésitait jusqu'au dernier moment avant d'appeler vendredi à défiler.

Dimanche, dans le Parisien, Dalil Boubakeur a reconnu ce succès relatif des manifestations. "Cela tient à un mécontentement général, un mal de vivre de la commuanuté et notamment de la jeunesse", a-t-il expliqué.

A Paris, le PMF a même obtenu le ralliement symbolique à sa cause de deux vedettes sportives emblématiques de la communauté musulmane, le champion olympique de judo Djamel Bouras et le basketteur Tariq Abdul Wahad, international français, qui ont plaidé devant les caméras de télévision sur le thème de la "liberté religieuse".

Plusieurs personnalités de la majorité politique, dont l'ancien premier ministre Alain Juppé, ont immédiatement réaffirmé leur volonté de voter le texte de loi suivant le calendrier prévu.

Son examen par le Conseil d'Etat est prévu ce jeudi, l'examen au Parlement commencera en février pour une entrée en vigueur à la rentrée scolaire de septembre 2004.

NOUVEAUX INCIDENTS A L'ECOLE ?

"Il y a des moments où il faut collectivement savoir décider. Nous avons délibéré et le président de la République a donné une orientation qui, de mon point de vue, ne justifie plus aucune hésitation", a expliqué dans le Parisien de dimanche le président de l'UMP et maire de Bordeaux.

Selon lui, les élus doivent penser d'abord "à ces jeunes filles de certains quartiers en butte aux pressions familiales et sociales stigmatisées pour leur comportement et même victimes de la violence parce qu'elles vivent libres".

Le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, a déclaré samedi soir que "quand le Parlement aura voté cette loi, elle s'appliquera à tous".

Le socialiste Malek Boutih a réaffirmé de son côté sur Radio J l'adhésion du PS à la loi et estimé que la mobilisation des intégristes était un "échec" tout en demandant une réforme du CFCM, créé par Nicolas Sarkozy, où l'UOIF est majoritaire.

"L'UOIF s'est discréditée pour être un interlocuteur républicain. (...) Le montage qu'a fait M. Sarkozy est un montage raté. Pire, on voit aujourd'hui qu'il a mis en vedette des gens qui ne partagent aucune des valeurs de la République", a-t-il ajouté.

Le débat pourrait rebondir sur le terrain scolaire prochainement, les organisateurs des manifestations n'ayant pas fait mystère de leur intention de susciter de nouveaux incidents à propos du port du voile.

Mohamed Latrèche, président du PMF, a ainsi déclaré lors de la manifestation de Paris que si la loi était adoptée, il ferait en sorte de la rendre "inapplicable".

Beaucoup de responsables de la mouvance associative intégriste ont exprimé des intentions similaires, comme Jaouad Alkhaliki, de l'Union des musulmans de Trappes, en banlieue parisienne, qui a déclaré à Reuters que "pour remédier à ce texte, les filles vont venir voilées à l'école".

L'encadrement masculin très appuyé de la manifestation parisienne a montré la voie samedi.

Empêchant souvent les femmes de parler aux journalistes, ils les guidaient sèchement par des "avancez, avancez, les sœurs !" et lançaient eux-mêmes les slogans aux mégaphones.

    

 

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