Les consulats aux
avant-postes de la lutte
contre les mariages de complaisance
Le Figaro - 30/11/2005
Les unions binationales sont le premier mode
d'immigration légale en France.
AUX AVANT-POSTES de la lutte contre les mariages blancs,
certains consulats français à l'étranger n'ont pas attendu le tour de vis annoncé hier
pour traquer les unions de complaisance. Ainsi, depuis novembre 2003, les représentations
confrontées à ce phénomène imposent systématiquement un entretien individuel aux
couples binationaux qui aspirent à voir transcrire leur mariage sur le sol français.
L'occasion, pour les fonctionnaires, de vérifier l'existence d'une «intention
matrimoniale réelle». Et de signaler, le cas échéant, leurs soupçons de fraude au
parquet de Nantes, compétent pour les Français installés à l'étranger.
De véritables filières matrimoniales
L'année dernière, le consulat de France à Istanbul a ainsi étudié plus de 900
dossiers soumis par des couples franco-turcs désirant voir leur union reconnue en France
– contre 250 par an en moyenne avant 2000. «Il s'agit pour l'essentiel de mariages bien
réels mais nous sommes aussi confrontés à certaines fraudes manifestes, explique un
diplomate en poste en Turquie. Comme lorsqu'on rencontre deux époux qui ne parlent pas la
même langue, une mariée qui a trente-cinq ans de plus que son mari ou encore un couple
qui ne cohabite plus depuis trois ans.»
A Istanbul, deux agents consulaires sont ainsi chargés de rencontrer, un par un, les
couples binationaux afin de sonder leurs intentions réelles. S'ils soupçonnent que
l'union vise avant tout à faire bénéficier un conjoint de la nationalité française,
ils doivent la dénoncer au procureur de Nantes afin d'en faire annuler la transcription
par un juge français.
«Classiquement, les cas de fraude détectés ici concernent une jeune Française
d'origine turque qui accepte, moyennant finance ou parce qu'elle n'a pas le choix, de
rentrer au pays le temps d'épouser un homme de son village, raconte le diplomate.
Parfois, notre travail de veille permet aussi de mettre au jour de véritables filières
matrimoniales entre la France et la Turquie.» En augmentation sur les rives du Bosphore,
le nombre de mariages blancs est également surveillé de près par les consulats
français du Maroc et de divers autres pays d'Afrique.
«Rigueur et humanité»
Il faut dire que les unions binationales célébrées à
l'étranger, passées de 13 000 chaque année au milieu des années 90 à 34 000 l'an
dernier, représentent désormais le premier mode d'immigration légale en France. Aussi
leur contrôle accru s'impose-t-il désormais comme une nécessité, si délicat soit-il.
«Il s'agit d'un travail compliqué qui exige rigueur et humanité, observe un consul
régulièrement confronté à ce phénomène. Car autant il est indispensable de bloquer
les fraudes, autant il serait profondément injuste de refuser un mariage d'amour au nom
de la lutte contre l'immigration non maîtrisée.» |