Colère turque face aux tergiversations des 25 Jean QUATREMER Libération - 03/10/2005 Apre marchandage autour du «cadre» des négociations d'adhésion censées débuter aujourd'hui. «L'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie est prévue pour ce 3 octobre depuis presque un an, mais on en est à se réunir la veille au soir pour savoir si les conditions de cette ouverture sont réunies», se désole un diplomate. Alors que le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gül, doit en théorie entamer à 17 heures, à Luxembourg (1), des pourparlers qui devraient durer près de dix ans, ses 25 collègues de l'Union européenne se sont retrouvés à dîner hier, pour une ultime réunion, afin de parvenir à un accord sur le «cadre de négociation». Ankara ne cache pas son agacement grandissant devant ces tergiversations et a laissé planer la menace d'un boycott de la réunion de Luxembourg. «Cette situation exceptionnelle témoigne à tout le moins d'une absence d'élan», analyse le diplomate déjà cité. Jamais l'UE n'a entamé des négociations d'élargissement avec aussi peu d'enthousiasme. Trop tard. Reste que le durcissement de plusieurs pays, dont l'Autriche et la France, est surtout destiné à rassurer leur opinion, les référendums négatifs du printemps ayant montré le peu d'appétence des peuples pour ces élargissements en cascade. En réalité, la mécanique de l'élargissement à la Turquie ayant été lancée en 1999, il est trop tard pour revenir en arrière : «Claquer la porte comporte trop de risques politiques, géopolitiques, éthiques», martèle un diplomate français. La bataille se concentre d'ailleurs sur l'adhésion elle-même, non sur l'ouverture des négociations. Le point de désaccord porte sur le but des discussions : «L'objectif, c'est l'adhésion et non un quelconque partenariat privilégié», dit-on au Quai d'Orsay. L'Autriche voudrait accentuer le «caractère ouvert» des négociations, ce dont ne veulent pas entendre parler Ankara et Londres qui préside actuellement l'UE. Car l'adhésion est déjà suspendue à la «capacité d'absorption de l'UE», c'est-à-dire à son état institutionnel, politique et économique à l'issue des pourparlers. Et au vote des Français qui se prononceront par référendum. (1) En avril, juin et octobre, le Conseil des ministres se réunit à Luxembourg, et non à Bruxelles. |