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Chirac: La Turquie peut "basculer dans l'intégrisme"
si l'UE lui ferme la porte


PARIS, 4 oct 2005 (AFP)
- Jacques Chirac a évoqué mardi la possibilité
d'un basculement de la Turquie "dans l'intégrisme" si l'on refusait son
adhésion à l'Union européenne.

"Si dans un mouvement d'humeur un peu léger, une réaction épidermique,
on dit +ils ne sont pas européens, qu'ils s'en aillent+, qui nous dit
que cet ensemble ne basculera pas dans l'intégrisme ?", s'est demandé le
président français au cours d'une conférence de presse commune à
l'Elysée avec le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi.
"Vous vous rendez compte de la responsabilité que l'on prendrait ?",
a-t-il ajouté.

Evoquant des affirmations et sondages selon lesquels les Français y
seraient hostiles, il a demandé : "qui vous permet aujourd'hui de dire
ce que les Français voudront dans 15 ans ? Au nom de quels principes
quelqu'un s'arroge le droit de parler au nom de nos enfants, ou de nos
petits-enfants ?".

M. Chirac a détaillé point par point les raisons de sa position en
faveur de l'intégration de la Turquie.

"Il faut un peu penser à l'avenir", a-t-il dit. "Nous voulons laisser à
nos enfants un espace aussi large que possible où soient réellement
enracinées la paix et la démocratie", "nous voulons aussi que cette
Europe soit forte".

"On aurait pu rester à 6, mais ça ne répond à aucune exigence de
l'avenir en matière de paix et de démocratie", a martelé M. Chirac, pour
qui "cet espace de paix, de démocratie et de puissance impose la
présence de la Turquie".

Il a jugé "légitime qu'un peuple qui veut rallier nos valeurs puisse le
faire". "Il apporte une puissance considérable et donne à l'Europe la
dimension nécessaire pour exister dans le monde de demain", selon le
chef de l'Etat.

Le président a rappelé qu'entrer dans l'Union imposait à la Turquie de
faire "tous les efforts nécessaires" pour adhérer à "la totalité" de ses
valeurs. "C'est un effort considérable, une révolution culturelle
majeure", a dit M. Chirac. "Est-ce qu'elle pourra y arriver, je n'en
sais rien. Il y faudra beaucoup de temps, c'est une affaire de 10 à 15
ans minimum", a-t-il estimé.

"Si ça ne marche pas, on verra quelle est la nature des liens
privilégiés, forts que nous pourrons créer avec elle, si la Turquie le
veut encore".

Il a rappelé qu'il y aurait référendum en France sur la décision finale,
et que "les Francais garderont la décision entre leurs mains quoi qu'il
arrive", "comme il se doit dans une démocratie".

"Ce serait impardonnable de dire non à la Turquie", a fait valoir M.
Berlusconi, qui a salué "la position courageuse" du président Chirac.
"La Turquie est devenu un pays laïc, elle s'est donné une constitution
laïque", a rappelé le chef du gouvernement italien, estimant qu'"on ne
peut pas laisser passer l'occasion d'établir un pont entre l'Occident et
le monde musulman".

"Si on refuse l'amour, il peut se transformer en haine", selon M.
Berlusconi.

     

 

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