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Devedjian : «La Turquie n'a donné aucun gage de démocratie»

Propos recueillis par Charles Jaigu
Le Figaro - 04/10/2005

 

MAJORITÉ Réélu député des Hauts-de-Seine, le conseiller politique du président de l'UMP demande à la France d'utiliser son veto contre l'entrée d'Ankara dans l'Union.

LE FIGARO.– Vous avez retrouvé hier votre siège de député, la veille de l'ouverture des négociations avec la Turquie. Réclamez-vous toujours leur suspension ?

Patrick DEVEDJIAN.– Je la souhaite parce que la Turquie n'est pas un Etat démocratique. Je ne vois pas pourquoi la Turquie d'Erdogan serait exemptée de ce que nous avons exigé pour le Portugal de Salazar, l'Espagne de Franco, la Grèce des colonels, et, tout récemment pour la Croatie. Le rapport de Günter Verheugen, en 2004, déclare que la torture n'est plus pratiquée «systématiquement». C'est une belle consolation ! J'ajouterai que l'île de Chypre fait désormais partie du territoire européen, et l'armée turque occupe une partie de ce territoire. Pour la première fois de son histoire, l'Union européenne négocie avec une armée d'occupation ! Ceux qui évoquent le Général de Gaulle devraient vraiment comprendre le scandale que cela représente.

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, n'a-t-il pas raison de reprocher aux adversaires de la candidature Turque leur repli sur un «club chrétien» ?

L'Europe n'est pas un club chrétien : c'est un club de démocrates. Monsieur Erdogan est le plus mal placé pour nous reprocher, à nous Européens, de former un club confessionnel. Il faut rappeler qu'il dirige un pays qui a chassé pratiquement tous les chrétiens et les juifs. En s'opposant à l'intégration dans l'Union européenne de Chypre Nord, il refuse à de nombreux musulmans, qui vivent sur son sol, d'accéder à l'Union.

N'est-il pas un peu tard pour réclamer le veto de la France à l'ouverture des négociations ?

Mais la Turquie s'était engagée à devenir un pays démocratique ! Or, elle n'a donné aucun gage dans ce sens. Bien au contraire, elle a promulgué un nouveau code pénal qui est liberticide à l'égard de la presse, elle refuse de reconnaître Chypre, elle pratique encore la torture, et elle ne veut pas entendre parler d'une reconnaissance du génocide arménien, ce qui montre qu'elle est incapable d'assumer son passé.

Nicolas Sarkozy lui-même a choisi de «ne pas dramatiser» les désaccords qui l'opposent au président de la République sur le dossier turc. Il rappelle que les Français se prononceront obligatoirement à la fin des négociations, par référendum.

Il y a déjà eu un premier référendum, le 29 mai, qui a largement démontré que l'opinion publique française était hostile à l'entrée de la Turquie et à l'élargissement indéfini de l'Union Européenne. Et d'autre part, on ne peut pas dire que l'on a eu tort de «promener» la Turquie pendant quarante ans, et au même moment proposer de continuer la promenade pendant quinze ans de plus. Notre gouvernement peut parfaitement, comme l'envisage l'Autriche, utiliser son droit de veto. Je rappelle que Dominique de Villepin a déclaré le 2 août que l'ouverture des négociations était inacceptable tant que la Turquie n'aurait pas reconnu Chypre. Cette position me conviendrait, pourvu qu'elle soit maintenue. Mais le premier ministre semble y avoir renoncé.

Que répondez-vous à Jean-Louis Debré, qui a déclaré dimanche que «si on ne respecte pas la loyauté politique, nous sommes dans une République qui ne me plaît pas» ?

Je ne suis pas membre du gouvernement et j'ai donc une totale liberté d'expression. Mon mandat vient de m'être renouvelé par des électeurs qui m'ont souvent fait part de leurs critiques à l'égard du gouvernement qui ne tient pas compte du référendum, et qui laisse faire l'élargissement de l'Europe à la Turquie. Je rappelle également que Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, avait reproché à Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre, de mener une politique de «boutiquier». Ni moi, ni mes amis, ne sommes allés aussi loin à l'égard d'un premier ministre. Il faut d'ailleurs distinguer les critiques de fond, qui sont constructives, et les attaques contre les personnes, qui sont déplorables.

On constate néanmoins, depuis la semaine dernière, une volonté d'apaisement de la part de Nicolas Sarkozy.

Je pense qu'il est dans son rôle de chef de parti de rassembler les forces de la majorité tout en défrichant l'avenir. Mais il est évidemment responsable de la solidarité gouvernementale, ce qui explique aussi son souci d'apaisement.

Selon le sondage TNS-Sofres du Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy a été doublé en popularité par Dominique de Villepin. Le président de l'UMP aurait perdu quelques points, notamment auprès des électeurs de gauche.

Le discours à tonalité antiaméricaine de Dominique de Villepin à l'ONU, en 2003, a beaucoup plu à la gauche. Mais je rappelle que si Dominique de Villepin veut être au second tour de l'élection présidentielle, il doit d'abord être élu au premier tour, et par la droite.

     

 

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