Sarkozy calme le jeu sur la Turquie Charles Jaigu et Judith Waintraub Le Figaro - 26/09/2005 Sur la Turquie comme sur l'avenir des institutions européennes, Nicolas Sarkozy refuse de «figer» sa réflexion. On peut parler de la Turquie sans se fâcher. C'est Nicolas Sarkozy qui l'a affirmé hier en clôture de la convention sur l'Europe de l'UMP. Et il l'a prouvé, d'autant plus facilement que Valéry Giscard d'Estaing s'était chargé la veille de démolir la conception chiraquienne des relations entre Bruxelles et Ankara. L'ancien président n'avait fait aucune référence directe à l'actuel locataire de l'Elysée. Le chef de l'UMP, lui, s'est offert le luxe de le citer tout en s'en démarquant. Il a rappelé que le parti majoritaire n'avait «pas changé de position» sur la Turquie depuis le vote du conseil national organisé par Alain Juppé en mai 2004, mais il s'est interdit toute ingérence dans le domaine réservé du chef de l'Etat en expliquant : «Des négociations doivent commencer le mois prochain. Le moment venu, le peuple français aura à dire son opinion, comme l'a proposé le président de la République. Il n'y a aucune nécessité de dramatiser les choses, d'accentuer le fossé. C'est un débat qui est légitime et passionnant et ce sera sans doute, comme l'a dit Valéry Giscard d'Estaing, l'un des éléments du débat de 2007.»
Sur la Turquie comme sur l'avenir des institutions européennes, Nicolas Sarkozy refuse de «figer» sa réflexion. Et tant pis si l'UDF lui reproche de ne pas mettre ses actes en accord avec ses convictions européennes. Nicolas Sarkozy a répondu à François Bayrou en expliquant : «Il me semble que c'eût été une erreur de dire qu'on stérilise notre pensée, notre projet européen, alors qu'il va se passer beaucoup de choses sur la scène européenne d'ici à 2007.»
Le ministre-candidat a promis : «D'ici à 2007, qui est quand même une date qui compte, nous aurons l'occasion de prendre des engagements devant les Français sur la question européenne.» En attendant, il a proposé «quelques pistes de réflexion», au premier rang desquelles la création d'un G6. Ce «moteur à six» (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Espagne et Pologne) ne «serait pas un directoire» de l'Europe mais permettrait «aux pays qui veulent aller plus loin de le faire» malgré la règle «catastrophique» de l'unanimité.
Si Jacques Chirac a marqué son irritation vendredi soir en interdisant à son ministre délégué aux Affaires européennes, Catherine Colonna, de participer à la convention (lire ci-contre), il ne devrait pas trouver motif à se plaindre de son ministre de l'Intérieur. Nicolas Sarkozy s'est posé en rassembleur de la «famille», un mot dont il a usé et abusé, en exhortant ses supporters à ne pas se laisser troubler par son affrontement avec le clan chiraquien. «Je n'ignore pas le contexte politique, a-t-il affirmé, et je sais parfaitement qu'ici et là, on attend la petite phrase. Si j'ai un conseil à vous donner, c'est de continuer comme si de rien n'était à débattre, à réfléchir.» Faire comme si de rien n'était, cela consiste aussi pour Nicolas Sarkozy à ne pas commenter la course de son rival. Dominique de Villepin avait programmé une réunion interministérielle sur l'Europe le 20 septembre, pour court-circuiter la convention de l'UMP. Le premier ministre voulait tenir une conférence de presse à l'issue de cette réunion pour dévoiler des propositions institutionnelles «d'envergure», selon la formule de ses collaborateurs. Au final, il n'y a eu ni propositions ni conférence de presse. Le chef du gouvernement a jugé plus sage de s'en tenir à des sujets techniques.
La convention de l'UMP n'a pas permis de faire émerger des solutions pour sortir l'Europe de l'impasse, en dépit des ambitions affichées par son organisateur, mais Nicolas Sarkozy ne s'en plaindra sûrement pas. Il a eu sa récompense, sous forme d'hommages divers et variés. Le seul UDF invité à la tribune, Jean-Claude Casanova, directeur de la revue Commentaire, l'a classé parmi les «meilleurs orateurs politiques» et a promis : «Je voterai pour lui au second tour en 2007 s'il arrive à dépasser mon ami François Bayrou au premier tour.»
D'autres éminents visiteurs ont salué le président de l'UMP, parmi lesquels Wilfried Martens, ex-premier ministre belge et président du Parti populaire européen, ou encore Mariano Rajoy Brey, chef du Parti populaire espagnol. Et surtout, ces deux journées de débat auront permis au patron de l'UMP de contester l'image que lui accolent les chiraquiens. «Sarkozy l'Américain» s'est mué en «Sarkozy l'Européen». L'«ultralibéral» se pose désormais en apôtre d'une «mondialisation humaine». |