La Turquie refuse de céder aux pressions de l'UE sur Chypre Le Monde - 02/09/2005 Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a rejeté les pressions exercées sur son pays au sujet de la question chypriote, avant l'ouverture des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE le 3 octobre.
"Nous avons fait tout ce qui nous a été demandé", a déclaré M. Erdogan, vendredi. "Tout ce qui était attendu de nous a été signifié par écrit et nous l'avons accompli. Il n'est pas question d'accepter de nouveaux développements", a-t-il dit. Plus virulent encore, son ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül, a menacé, vendredi, dans les colonnes du magazine The Economist : "Si l'UE propose quoi que ce soit qui ne soit pas une pleine adhésion ou de nouvelles conditions, nous renoncerons. Et cette fois, ce sera pour de bon. (...) Nul ne doit attendre de la Turquie qu'elle fasse de nouvelles concessions, cette fois. Nous nous en sommes tenus à ce que nous devions faire, l'UE doit faire de même." Ces réactions font suite à une réunion, jeudi, des ministres des affaires étrangères de l'UE à Newport, au cours de laquelle la question de la reconnaissance de Chypre par Ankara a été longuement abordée.
Le ministre des affaires étrangères chypriote "optimiste" Le chef de la diplomatie chypriote, George Iacovou, s'est déclaré "optimiste", vendredi, sur le fait que les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE ouvriront comme prévu le 3 octobre. "Je n'ai jamais dit que nous userions de notre veto. Nous ne nous sommes jamais opposés à l'ouverture des négociations avec la Turquie", a-t-il précisé depuis Newport, au Pays de Galles. Le ministre des affaires étrangères a encore estimé que les discussions sur un projet de déclaration de l'UE répondant au refus réitéré fin juillet par la Turquie de reconnaître la République de Chypre étaient "très satisfaisantes" et a dit s'attendre à ce que ce texte soit adopté d'ici à la fin de la semaine prochaine."Nous attendons que la Turquie normalise ses relations avec la République de Chypre très rapidement", a cependant ajouté M. Iacovou. Les chefs de la diplomatie européens sont revenus sur les derniers développements du dossier turc, notamment sur le "protocole d'Ankara" signé récemment par la Turquie, qui étend son accord douanier aux nouveaux Etats membres de l'UE, dont Chypre. Ankara s'était empressée d'adjoindre une déclaration au "protocole" soulignant que celui-ci ne valait pas reconnaissance de la République grecque de Chypre. Le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, a insisté sur l'unanimité des Européens à exiger de la Turquie une mise en œuvre complète de l'accord d'union douanière. "Il va sans dire que des documents formels comme le protocole d'Ankara ne doivent pas seulement être signés mais qu'ils doivent être appliqués", a-t-il affirmé. "Ce qui signifie l'ouverture des ports turcs aux navires chypriotes", a renchéri le commissaire européen à l'élargissement, Olli Rehn. "LA TURQUIE SE COMPORTE HONNÊTEMENT" La réponse ne s'est pas fait attendre : la Turquie n'entend pas ouvrir ses ports et ses aéroports aux navires et aux avions chypriotes, a indiqué, jeudi, son ministre des affaires étrangères, en dépit des pressions de Nicosie et de l'Union. "Ports et aéroports appartiennent au secteur des services ; leur [ouverture] n'est attendue que pour les membres à part entière de l'UE. C'est différent en ce qui concerne ceux qui négocient [leur adhésion]", a déclaré M. Gül. Le gouvernement d'Ankara affirme remplir scrupuleusement son contrat européen et accuse certains pays membres, tels la France et l'Autriche, de chercher à exploiter la polémique à des fins de politique intérieure, afin de bloquer les négociations. "La Turquie se comporte honnêtement et attend un comportement tout aussi honnête [des autres]. Si le comportement honnête de la Turquie est exploité sur plusieurs questions, nous ne pouvons pas l'accepter", a affirmé le chef de la diplomatie turque. Jeudi, M. Straw a relativisé l'absence de consensus au sein des Vingt-Cinq en vue d'une déclaration répondant au refus, réitéré fin juillet par la Turquie, de reconnaître la République de Chypre. Selon des diplomates, l'accord a échoué en raison du souhait de la France et de plusieurs autres pays d'inscrire dans le texte des Vingt-Cinq la nécessité pour la Turquie d'une "reconnaissance" de Chypre. Le ministre français, Philippe Douste-Blazy, a réitéré l'exigence de Paris "que la Turquie clarifie sa position et qu'elle donne à l'UE toutes les garanties sur sa volonté de mettre en œuvre l'intégralité de ses obligations vis-à-vis de tous les Etats membres", y compris "le problème de la reconnaissance de Chypre". Le dernier projet soumis par M. Straw à ses homologues appelait Ankara à "normaliser" ses relations avec "tous les Etats membres dès que possible". Le chef du Foreign Office a émis l'espoir d'"un accord sur un texte... la semaine prochaine" à Bruxelles entre les ambassadeurs des Vingt-Cinq, sans exclure en cas d'échec de convoquer un conseil des ministres extraordinaire pour régler la question. D'ici au 3 octobre, les Européens doivent également encore fixer à l'unanimité le"cadre" des négociations à venir.
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