Chirac avertit Ankara L'Humanité - 31/08/2005 Le président a sommé la Turquie de « clarifier » sa position par rapport à Chypre, faisant monter la tension avant les négociations d’adhésion. Le courant ne passe plus entre Jacques Chirac et la Turquie. Le président français, qui était, il y a quelques mois encore, l’un des plus chauds partisans de l’adhésion d’Ankara à l’Union européenne (UE), a adopté cet été une posture plutôt hostile. Hier, devant les ambassadeurs de France réunis à Paris, il a repris le discours en vigueur depuis près de deux mois au sein du gouvernement français : « La Turquie devra apporter des clarifications » à sa position sur Chypre si elle veut obtenir une chance dérer à l’UE. À cinq semaines de l’ouverture des négociations d’adhésion entre Ankara et Bruxelles, l’avertissement est donc clair. La Turquie doit reconnaître officiellement la partie grecque de l’île de Chypre, déjà membre de l’UE, faute de quoi Paris minera sa candidature. Côté français, on met en avant la mauvaise volonté des autorités turques lors de la récente signature - d’un accord douanier entre Ankara et les Vingt-Cinq, dont Chypre : le gouvernement Erdogan avait fait ajouter un document stipulant que cet accord n’avait pas valeur de reconnaissance officielle de l’île. Un geste que Jacques Chirac avait déjà jugé, la semaine dernière, « pas dans l’esprit qu’on attend d’un candidat à l’Union ». L’attitude des autorités turques n’explique pas à elle seule les attaques répétées de la diplomatie française - on se souvient que Dominique de Villepin et Philippe Douste-Blazy avaient été les premiers à sonner la charge anti-turque fin juillet. Côté français, on observe avec attention le raidissement d’une part croissante de l’opinion française et européenne face à la perspective, même lointaine, d’une candidature turque. Jacques Chirac a même tenté d’en faire la seule explication du « non » au référendum constitutionnel européen du 29 mai dernier en réclamant, lors du Conseil européen de juin, une « réflexion » sur les futurs élargissements. Outre qu’elle permettait de noyer le message politique du scrutin, cette stratégie permettait aussi de se rapprocher des positions de Nicolas Sarkozy, qui a rangé l’UMP dans le camp des opposants à l’adhésion turque, ainsi que de celles des conservateurs allemands, en passe de reprendre le pouvoir à Berlin et avocats d’un simple « partenariat privilégié » avec la Turquie. Par ailleurs, toujours en mal de se peaufiner une image « tiermondiste » au diapason de la montée de la sensibilité de l’opinion sur la question de la lutte contre la misère mondiale, le président français a indiqué avoir demandé au gouvernement de mettre en place « dès l’année prochaine » une taxe sur les billets d’avion pour financer le développement et a annoncé la tenue d’une conférence internationale en février sur le sujet. |